Le journaliste Mario Guevara a été expulsé vers le Salvador après plus de 100 jours de détention aux États-Unis, où il avait été arrêté alors qu’il couvrait une manifestation contre le gouvernement Trump. Plusieurs organisations, dont Reporters sans frontières, ont dénoncé cette mesure comme une atteinte à la liberté de la presse. (Keystone / Miguel Martinez / Atlanta Journal-Constitution via AP)
Cette année, le rapport de Reporters sans frontières (RSF) met principalement l’accent sur la situation juridique des journalistes. Dans 60 % des pays étudiés (110 sur 180), celle-ci s’est détériorée.
En collaboration avec un comité d’experts, l’organisation a défini la notion de liberté de la presse comme suit :
«La liberté de la presse est la possibilité effective pour les journalistes, en tant qu’individus et en tant que collectifs, de sélectionner, produire et diffuser des informations dans l’intérêt général, indépendamment des interférences politiques, économiques, légales et sociales, et sans menace pour leur sécurité physique et mentale.»
La liberté de la presse peut être considérée comme une sorte de sismographe des démocraties. Les mesures de répression à l’encontre de la presse vont généralement de pair avec un affaiblissement des structures démocratiques. Un examen de la situation dans différents pays montre les conséquences concrètes de cette tendance.
Des tendances négatives également en Allemagne, aux États-Unis et en Suisse
L’Allemagne perd à nouveau des places et recule à la 14e place du classement. La situation y est certes toujours jugée « satisfaisante ». Mais selon le rapport, les journalistes se sentent de plus en plus confrontés à des menaces sur Internet et dans la rue.
Les États-Unis sont eux aussi touchés par une baisse dans le classement. Ils perdent pas moins de sept places dans le classement. Sous le gouvernement Trump, les attaques contre le journalisme prennent de plus en plus un caractère systématique. Reporters sans frontières a établi à cet effet une chronologie des événements. L’exclusion de l’Associated Press (AP) des événements à la Maison Blanche, qui avait refusé de qualifier le golfe du Mexique de « golfe d’Amérique », est notamment citée en exemple. Cela peut être interprété comme une tentative du gouvernement d’influencer la liberté éditoriale de l’agence de presse. Parmi les autres raisons expliquant ce classement à la 64e place figurent également les mesures répressives prises par la police et l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) à l’encontre des professionnels des médias, ainsi que la suppression des financements alloués à l’Agence américaine pour les médias mondiaux (US Agency for Global Media). Cette dernière mesure aurait des répercussions dramatiques sur la liberté de la presse internationale, car des stations telles que Voice of America ou Radio Free Asia devraient cesser d’émettre si le décret présidentiel promulgué par le président Trump entrait en vigueur. La bataille juridique est toujours en cours. Dans certains pays, ces stations comptaient parmi les dernières sources d’information fiables et indépendantes.
Un autre problème réside dans le déclin croissant du journalisme local. Ce phénomène ne touche toutefois pas uniquement les États-Unis, mais s’observe également en Suisse.
La Suisse occupe la 8e place du classement, gagnant ainsi une place. RSF souligne toutefois que cette progression est également liée à la régression du Portugal dans le classement, ce pays se situant encore devant la Suisse l’année dernière. RSF critique à nouveau la concentration des médias en Suisse, le déclin du journalisme local indépendant qui en découle, ainsi que la loi sur le secret bancaire (art. 47). Cette dernière prévoit une peine privative de liberté pouvant aller jusqu’à trois ans pour les journalistes qui utilisent des données bancaires divulguées. En revanche, le résultat clair du vote sur l’« initiative visant à réduire de moitié le budget de la SSR », qui a été rejetée à près de 62 %, est considéré comme positif.
Entre données et appréciation
Ce classement constitue un outil de mesure important pour la liberté de la presse. Il s’agit d’un instantané qui ne peut réagir que de manière limitée aux événements. Selon RSF, les données ne sont réévaluées qu’en cas de changements radicaux dus à une guerre ou à des attaques inhabituelles contre des professionnels des médias.
Cette évaluation n’est pas non plus une analyse purement objective. Les entretiens avec des experts constituent un élément central de la méthodologie. Le problème est que les évaluations sont, dans une certaine mesure, subjectives. Des perspectives différentes, des opinions politiques ou des expériences personnelles peuvent influencer la manière dont la situation est évaluée.
Cela ne signifie pas que les évaluations sont fausses, mais elles sont toujours aussi des interprétations.
Ce classement est établi à partir d’une combinaison de méthodes quantitatives et qualitatives. Outre les enquêtes menées auprès d’experts, des données concrètes sont recueillies sur les arrestations et les assassinats de journalistes, ainsi que sur l’ampleur de la surveillance. Le classement s’articule autour de cinq catégories : contexte politique, cadre juridique, contexte économique, contexte socioculturel et sécurité. Toutes ces catégories ont le même poids. Dans la réalité, cependant, ces facteurs n’ont pas toujours la même importance.
Un pays où les journalistes sont menacés physiquement diffère fondamentalement d’un pays où la pression exercée sur les médias est principalement d’ordre économique. Néanmoins, ces deux aspects peuvent avoir un poids similaire dans le classement.
Malgré ces limites méthodologiques, le classement reste un outil important : il met en lumière les dysfonctionnements et permet d’établir des comparaisons internationales sur une période continue.