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Seul 1 % de la population mondiale bénéficie d’une «bonne» liberté de la presse
Le journaliste Mario Guevara a été expulsé vers le Salvador après plus de 100 jours de détention aux États-Unis, où il avait été arrêté alors qu’il couvrait une manifestation contre le gouvernement Trump. Plusieurs organisations, dont Reporters sans frontières, ont dénoncé cette mesure comme une atteinte à la liberté de la presse. (Keystone / Miguel Martinez / Atlanta Journal-Constitution via AP)

Cette année, le rapport de Reporters sans frontières (RSF) met principalement l’accent sur la situation juridique des journalistes. Dans 60 % des pays étudiés (110 sur 180), celle-ci s’est détériorée.

En collaboration avec un comité d’experts, l’organisation a défini la notion de liberté de la presse comme suit :

«La liberté de la presse est la possibilité effective pour les journalistes, en tant qu’individus et en tant que collectifs, de sélectionner, produire et diffuser des informations dans l’intérêt général, indépendamment des interférences politiques, économiques, légales et sociales, et sans menace pour leur sécurité physique et mentale.»

La liberté de la presse peut être considérée comme une sorte de sismographe des démocraties. Les mesures de répression à l’encontre de la presse vont généralement de pair avec un affaiblissement des structures démocratiques. Un examen de la situation dans différents pays montre les conséquences concrètes de cette tendance.

Des tendances négatives également en Allemagne, aux États-Unis et en Suisse

L’Allemagne perd à nouveau des places et recule à la 14e place du classement. La situation y est certes toujours jugée « satisfaisante ». Mais selon le rapport, les journalistes se sentent de plus en plus confrontés à des menaces sur Internet et dans la rue.

Les États-Unis sont eux aussi touchés par une baisse dans le classement. Ils perdent pas moins de sept places dans le classement. Sous le gouvernement Trump, les attaques contre le journalisme prennent de plus en plus un caractère systématique. Reporters sans frontières a établi à cet effet une chronologie des événements. L’exclusion de l’Associated Press (AP) des événements à la Maison Blanche, qui avait refusé de qualifier le golfe du Mexique de « golfe d’Amérique », est notamment citée en exemple. Cela peut être interprété comme une tentative du gouvernement d’influencer la liberté éditoriale de l’agence de presse. Parmi les autres raisons expliquant ce classement à la 64e place figurent également les mesures répressives prises par la police et l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) à l’encontre des professionnels des médias, ainsi que la suppression des financements alloués à l’Agence américaine pour les médias mondiaux (US Agency for Global Media). Cette dernière mesure aurait des répercussions dramatiques sur la liberté de la presse internationale, car des stations telles que Voice of America ou Radio Free Asia devraient cesser d’émettre si le décret présidentiel promulgué par le président Trump entrait en vigueur. La bataille juridique est toujours en cours. Dans certains pays, ces stations comptaient parmi les dernières sources d’information fiables et indépendantes.

Un autre problème réside dans le déclin croissant du journalisme local. Ce phénomène ne touche toutefois pas uniquement les États-Unis, mais s’observe également en Suisse.

La Suisse occupe la 8e place du classement, gagnant ainsi une place. RSF souligne toutefois que cette progression est également liée à la régression du Portugal dans le classement, ce pays se situant encore devant la Suisse l’année dernière. RSF critique à nouveau la concentration des médias en Suisse, le déclin du journalisme local indépendant qui en découle, ainsi que la loi sur le secret bancaire (art. 47). Cette dernière prévoit une peine privative de liberté pouvant aller jusqu’à trois ans pour les journalistes qui utilisent des données bancaires divulguées. En revanche, le résultat clair du vote sur l’« initiative visant à réduire de moitié le budget de la SSR », qui a été rejetée à près de 62 %, est considéré comme positif.

Entre données et appréciation

Ce classement constitue un outil de mesure important pour la liberté de la presse. Il s’agit d’un instantané qui ne peut réagir que de manière limitée aux événements. Selon RSF, les données ne sont réévaluées qu’en cas de changements radicaux dus à une guerre ou à des attaques inhabituelles contre des professionnels des médias.

Cette évaluation n’est pas non plus une analyse purement objective. Les entretiens avec des experts constituent un élément central de la méthodologie. Le problème est que les évaluations sont, dans une certaine mesure, subjectives. Des perspectives différentes, des opinions politiques ou des expériences personnelles peuvent influencer la manière dont la situation est évaluée.

Cela ne signifie pas que les évaluations sont fausses, mais elles sont toujours aussi des interprétations.

Ce classement est établi à partir d’une combinaison de méthodes quantitatives et qualitatives. Outre les enquêtes menées auprès d’experts, des données concrètes sont recueillies sur les arrestations et les assassinats de journalistes, ainsi que sur l’ampleur de la surveillance. Le classement s’articule autour de cinq catégories : contexte politique, cadre juridique, contexte économique, contexte socioculturel et sécurité. Toutes ces catégories ont le même poids. Dans la réalité, cependant, ces facteurs n’ont pas toujours la même importance.

Un pays où les journalistes sont menacés physiquement diffère fondamentalement d’un pays où la pression exercée sur les médias est principalement d’ordre économique. Néanmoins, ces deux aspects peuvent avoir un poids similaire dans le classement.

Malgré ces limites méthodologiques, le classement reste un outil important : il met en lumière les dysfonctionnements et permet d’établir des comparaisons internationales sur une période continue.

Les moteurs de recherche en pleine mutation : le nouveau rôle de l’IA en tant que source d’informations
Le New York Times veut poursuivre en justice l’entreprise d’IA Perplexity. Les textes générés par Perplexity contiendraient des informations provenant du New York Times, et certains articles seraient même repris dans leur intégralité. EPA/JUSTIN LANE

Les moteurs de recherche servaient auparavant d’intermédiaires entre les utilisateurs et les différentes sources d’information. Avec la possibilité de poser directement des questions à l’IA, les plateformes de recherche deviennent elles-mêmes de plus en plus des fournisseurs d’informations actifs. Outre Google, ChatGPT d’OpenAI est également de plus en plus utilisé comme moteur de recherche. Selon le Digimonitor de l’Association suisse des médias électroniques (IGEM), 60 % de la population déclare utiliser l’IA au moins occasionnellement, le plus souvent pour rédiger des textes, effectuer des traductions et effectuer des recherches. Google propose désormais également un chatbot IA qui résume les informations les plus importantes et les affiche au-dessus de tous les liens.

Cette évolution a été étudiée par Dirk Lewandowski, professeur en recherche et récupération d’informations à l’Université des sciences appliquées de Hambourg, dans une expertise réalisée pour les autorités régionales allemandes chargées des médias. L’objectif était de déterminer les effets de l’intégration de l’IA dans les moteurs de recherche sur la diversité des opinions.

Perte de trafic

«The best place to hide a dead body is page 2 of Google search results.» Cette devise ironique a accompagné les exploitants de sites web pendant des années. Grâce à l’optimisation des moteurs de recherche, les entreprises ont essayé d’apparaître le plus haut possible dans les résultats. Cependant, ce principe change lorsque l’IA fournit directement les réponses. Alors que Google continue de renvoyer vers les sources dans ses réponses basées sur l’IA, ce n’est souvent pas le cas avec ChatGPT. Si l’on souhaite voir les sources, il faut en faire la demande expresse. Selon Lewandowski, cela entraîne des pertes considérables en termes de trafic sur les sites web. Concrètement, il a constaté des baisses comprises entre 18 et 50 %.

Cela concerne principalement les entreprises médiatiques. Beaucoup d’entre elles dépendent du nombre de clics pour refinancer leurs contenus via des abonnements en ligne. Si cette visibilité diminue à l’avenir, les offres journalistiques de qualité pourraient également se raréfier, ce qui aurait à son tour une incidence sur la base d’informations à partir de laquelle l’IA élabore ses résumés.

Selon Lewandowski, la question de savoir si les réponses de l’IA conduiront finalement à une plus grande ou une moindre visibilité des différentes opinions reste ouverte. Cette question n’a pas été étudiée de manière empirique dans l’expertise. Il formule toutefois quelques hypothèses : il est possible, par exemple, que les réponses de l’IA couvrent un éventail d’opinions plus large que les résultats des moteurs de recherche classiques, qui ne mettent souvent en avant que les liens les plus populaires.

La question centrale est finalement de savoir quelle importance les utilisateurs accordent aux sources derrière les réponses de l’IA. En ont-ils vraiment besoin ? Quand vaut-il la peine de cliquer sur des liens supplémentaires ? Et à qui attribuent-ils le contenu : au système de recherche ou aux sources d’origine ?

En ligne, mais pas présent : la fracture numérique
L’histoire de l’iPhone illustre bien la rapidité des changements numériques : en 2007, Steve Jobs présentait le premier appareil, et en 2025, un assistant IA est depuis longtemps intégré à presque tous les téléphones portables. (AP Photo/Paul Sakuma)

« Je crois que j’ai supprimé Internet ». C’est sans doute l’une des phrases les plus célèbres lorsqu’il est question de l’utilisation des ordinateurs par les personnes âgées. Cette phrase résume bien le problème : avoir accès à Internet ne signifie pas automatiquement être capable de l’utiliser et de le comprendre. Dans le domaine scientifique, on parle également de « fracture numérique ». Ce terme désigne la différence entre les différents groupes de population en matière d’accès et d’utilisation des technologies de l’information et de la communication.

Les trois niveaux de la fracture numérique

La Fondation Christoph Merian consacre une publication à la fracture numérique et aborde le sujet sous différents angles à travers des articles spécialisés. La numérisation imprègne de plus en plus les systèmes de la société : des processus politiques à l’administration en passant par les médias, rien n’est épargné. Selon un concept développé par le scientifique Van Dijk, la fracture numérique peut être divisée en trois niveaux :

  1. Accès : disponibilité d’appareils et de connexions Internet
  2. Utilisation : capacité à utiliser les technologies numériques de manière compétente
  3. Valeur ajoutée : capacité à utiliser les offres numériques de manière judicieuse

Dans le monde, 68 personnes sur 100 utilisent Internet. En Suisse, ce taux est d’environ 97 %. L’accès n’est donc pas un obstacle dans notre pays. Cependant, des différences notables apparaissent entre les groupes de population au niveau de l’« utilisation » et de la « valeur ajoutée ». Des études montrent que les groupes marginalisés, en particulier, disposent souvent de compétences numériques de base moins développées. Les connaissances nécessaires pour utiliser de manière profitable les sites web ou les médias numériques doivent être acquises de manière active.

Démocratie numérique

En principe, chacun est libre de décider dans quelle mesure il souhaite intégrer les appareils et les médias numériques dans son quotidien. C’est ce qu’écrit Moritz Büchi, directeur de la chaire Digital Media, dans sa nouvelle publication « Digital Media and Social Inequality ». Cependant, pour pouvoir prendre cette décision en toute liberté, l’ensemble de la population devrait avoir le même accès aux connaissances sur les processus numériques, or il existe des différences avérées dans ce domaine.

Dans une démocratie, il est essentiel que les citoyens puissent s’informer, y compris en ligne. Elias H. Schäfer écrit dans son article pour la Fondation Merian : « Même dans un pays où le niveau d’éducation est élevé comme la Suisse, de nombreuses personnes ne disposent pas des compétences de base nécessaires pour utiliser les technologies numériques de manière sûre et efficace. Ainsi, plus de 20 % de la population a des difficultés à comprendre des textes simples et donc à accomplir des tâches numériques élémentaires. » Si les processus démocratiques, dont font partie les possibilités d’information, sont davantage numérisés, certains groupes seront automatiquement exclus s’ils ne disposent pas des compétences nécessaires.

Éducation numérique

L’éducation numérique ne se limite pas à la maîtrise des appareils techniques. Elle englobe également la maîtrise de l’information : vérifier les sources, recueillir des informations sous différents angles, reconnaître les fausses informations. Ces compétences sont indispensables dans une démocratie directe comme celle de la Suisse.

Avec la matière « Médias et informatique » dans le programme scolaire 21, il existe déjà une première approche visant à préparer les jeunes dès leur plus jeune âge au monde numérique. Mais l’éducation numérique ne devrait pas s’arrêter à la fin de la scolarité, car il s’agit d’une compétence pertinente pour l’ensemble de la société. En effet, il faut plus qu’un simple clic pour supprimer Internet, mais il en va de même pour le comprendre.

Fake News, désinformation et informations erronées : est-ce la même chose ?
Pendant la pandémie de coronavirus, de nombreuses hypothèses et fausses informations ont circulé sur l’origine de la pandémie. En 2021, l’université de Zurich a examiné de près l’une des théories les plus plausibles : la transmission possible du virus des chauves-souris à l’homme. (KEYSTONE/Ennio Leanza)

Les informations fausses ou trompeuses ont plusieurs noms : Fake News, désinformation, mésinformation. Une étude de gfs-Zurich montre que 96 % de la population suisse alémanique perçoit une augmentation des fausses nouvelles et presque autant s’attend à ce que cette tendance se poursuive. Mais à quoi les gens pensent-ils réellement lorsqu’ils parlent de fake news ?

Fake news, désinformation ou mésinformation ?

Parmi ces trois termes, fake news est certainement le plus connu et le plus controversé. Il est utilisé dans différents contextes :

  1. Le clickbait commercial
    Bon nombre des « Fake News » diffusées autour des élections américaines de 2016, par exemple, avaient des objectifs purement économiques. Des informations sensationnelles ont été diffusées en masse afin de générer des clics et ainsi de générer des revenus publicitaires.
  2. Manipulation politique
    Le terme est rapidement devenu synonyme de fausses informations diffusées intentionnellement dans le but d’influencer l’opinion publique.
  3. Terme de combat contre les médias
    Donald Trump, entre autres, a utilisé le terme « fake news » comme slogan pour discréditer les reportages critiques, à l’instar du terme « Lügenpresse » (presse mensongère) en allemand.

Il s’avère donc assez difficile de donner une définition et une utilisation claires du terme « fake news ». La science s’est donc tournée vers le terme « désinformation ». La Commission européenne définit ce terme comme suit :

« La désinformation est un contenu faux ou trompeur diffusé dans l’intention de tromper ou d’obtenir un avantage économique ou politique, et qui peut nuire au public. »

Il convient de distinguer ce terme de celui de « mésinformation » ou « désinformation » : il s’agit ici de fausses informations diffusées par inadvertance, par erreur ou par ignorance. C’est là que réside la difficulté de la délimitation. Pour pouvoir clairement reconnaître et nommer la désinformation, il faut connaître à la fois l’intention de l’émetteur et l’effet sur le récepteur.

Une autre difficulté réside dans le fait que de nombreuses personnes qualifient de « fake news » ou de désinformation les informations qui ne correspondent pas à leur opinion. L’attitude générale d’une personne envers les médias et le degré de confiance qu’elle accorde à l’émetteur jouent donc également un rôle important. Il est donc difficile de déterminer à quelle fréquence les gens sont réellement confrontés dans leur vie quotidienne à des informations fausses qui sont purement factuellement incorrectes. La diffusion effective de la désinformation est donc difficile à déterminer.

Les « fake news » semblent peu répandues dans la population, écrit le « Bildungszentrale für politische Bildung ». Les recherches donnent parfois une image ironique, car les fausses informations ne gagnent souvent en popularité que lorsque les médias sérieux les reprennent dans leurs reportages, par exemple parce qu’ils veulent les réfuter en vérifiant les faits. Cela fait des médias sérieux, malgré leurs meilleures intentions, des acteurs involontaires dans la diffusion des fausses informations.

Lutte contre les « fake news », la désinformation et la mésinformation

Le débat sur la désinformation alimente la méfiance à l’égard des médias, de la politique et de l’information en général. Il est donc d’autant plus important que la population dispose d’une grande compétence en matière de médias et d’information. Il ne s’agit pas seulement de savoir reconnaître la désinformation. Le pédagogue Dieter Baacke divise la compétence médiatique en quatre domaines : la critique des médias, la connaissance des médias, l’utilisation des médias et la conception des médias.

Ainsi, une personne qui possède une bonne compétence médiatique est plus à même de se forger sa propre opinion à partir des informations relayées par les médias sur la politique, la société ou l’économie. Dans une démocratie, la capacité à évaluer et à contextualiser les informations est essentielle.

Journaliste – tout le monde peut-il vraiment se qualifier ainsi ?
Qui est journaliste et qui n’est qu’un simple spectateur ici, lors de la manifestation du 1er mai 2024 à Zurich ? Difficile à déterminer à l’œil nu, car n’importe qui peut se déclarer journaliste. (KEYSTONE / Ennio Leanza)

En Suisse, une profession est considérée comme réglementée lorsque son exercice nécessite certaines qualifications prescrites par la loi, telles que des diplômes ou des certificats. C’est le cas, par exemple, des professions médicales ou juridiques. Quiconque utilise le titre de « médecin » ou « avocat » sans avoir suivi les études correspondantes est passible de sanctions pénales.

Il en va autrement dans le journalisme, et ce pour une bonne raison : dans une démocratie, tout le monde doit avoir le droit de publier des informations, d’exprimer des opinions et d’exploiter des médias. Cette liberté est un pilier fondamental de la liberté d’expression et des médias.

La liberté va de pair avec la responsabilité

Quiconque se qualifie de journaliste assume ainsi plus qu’un simple rôle de porte-parole de ses propres opinions. Les journalistes ont une responsabilité envers le public. Ils doivent mener des recherches minutieuses, séparer les faits des opinions et informer le public de manière fiable, par exemple sur des questions politiques, sociales ou économiques.

Mais si toute personne ayant une certaine influence, qu’il s’agisse d’un influenceur, d’un blogueur ou d’un activiste, peut simplement se qualifier de journaliste sans respecter les normes déontologiques, le terme perd de son sens. Il devient alors encore plus difficile pour le public de distinguer le journalisme de qualité de la simple expression d’opinions.

Une approche : le registre professionnel

Des efforts sont déjà déployés pour mieux protéger le titre professionnel de journaliste. Les associations professionnelles impressum, Syndicom et la Voix des médias suisses (SSM) ont créé conjointement le registre professionnel. Les professionnels des médias qui remplissent les critères suivants peuvent s’y inscrire officiellement :

– Justifier d’une activité professionnelle principale (au moins 50 %) de deux ans en tant que professionnel des médias

– Être membre de l’une des trois associations de journalistes

– Signer la déclaration des devoirs et droits des journalistes (publiée par le Conseil suisse de la presse)

L’inscription au BR permet d’obtenir la carte de presse officielle suisse (« Schweizer Presseausweis CH-BR »), qui est protégée par le droit des marques. Elle apporte des avantages professionnels, par exemple en matière d’accès à des informations protégées, de recherches ou de questions juridiques.

On estime à environ 6 000 le nombre de journalistes inscrits au registre. Cela correspond à environ deux tiers des professionnels des médias en activité. Bien sûr, il existe également des journalistes sérieux qui ne sont pas officiellement inscrits au registre professionnel, par exemple parce qu’ils sont nouveaux dans la profession, ne souhaitent pas adhérer à une association ou travaillent en tant que pigistes.

Un autre moyen d’assurer la qualité est l’embauche par un groupe de médias. Les entreprises médiatiques ont quant à elles le devoir de diligence de vérifier les compétences et les méthodes de travail des nouveaux collaborateurs rédactionnels. Les journalistes obtiennent quant à eux une sorte de « certification professionnelle » en étant embauchés par un groupe de médias privé ou par la SSR, grâce à la réputation de marque de l’entreprise concernée.

Outre le registre professionnel, l’association impressum a également lancé le projet «Trusted Journalists». Le site web répertorie les journalistes vérifiés qui sont autorisés à porter une carte de presse officielle. Le registre est accessible au public. À l’avenir, un registre public en ligne permettrait, par exemple, que le nom de l’auteur ou de l’auteure de chaque article soit lié au registre. Il serait ainsi facile de vérifier si une personne s’est officiellement engagée à respecter les règles éthiques fondamentales du journalisme.

L’Office fédéral de la communication (OFCOM) examine actuellement s’il peut accorder une reconnaissance officielle aux cartes de presse liées à Trust-J.org. La plateforme est également mentionnée par l’OFCOM dans le Plan d’action national pour la sécurité des journalistes en Suisse. La condition préalable serait que la plateforme soit soutenue par l’ensemble du secteur.

Comment reconnaître un journalisme sérieux ?

En attendant qu’une réglementation uniforme soit mise en place, il existe néanmoins quelques astuces pour reconnaître un journalisme sérieux. #UseTheNews Allemagne a élaboré un document concis contenant des explications et des exemples sur le thème de la désinformation, ainsi que des conseils pour vérifier les faits. Voici quelques étapes possibles pour vérifier rapidement les faits :

1. Les journalistes ont-ils rendu leurs sources transparentes dans leurs reportages ?

2. La date de publication est-elle visible ? Parfois, d’anciennes informations sont rediffusées.

3. Qui est l’expéditeur du message ? Provient-il d’un média ? Ou d’un compte privé sur les réseaux sociaux ?

Cette liste n’est bien sûr pas exhaustive. Il est toutefois toujours nécessaire d’évaluer de manière critique les informations consommées.

L’attitude compte

Le fait que tout le monde puisse se qualifier de journaliste est l’expression de notre société libre, mais c’est aussi un défi. Le titre seul ne garantit pas un certain niveau de qualité. Ce qui compte, c’est le sens des responsabilités avec lequel une personne travaille, fait des recherches, vérifie et rend compte.

Outre une meilleure protection du titre professionnel de journaliste, la meilleure protection consiste à améliorer ses propres compétences médiatiques. Ceux qui connaissent le fonctionnement des médias sont mieux à même de vérifier la qualité des informations publiées.

Le journalisme sous pression dans le monde
111e place : les journalistes travaillent en Haïti dans des conditions précaires et doivent régulièrement se mettre à l’abri lors de manifestations, comme par exemple le 19 mars 2025 à Port-au-Prince. (KEYSTONE / AP Photo / Odelyn Joseph)

L’ONG Reporters sans frontières (RSF) a publié le 2 mai son rapport annuel sur la situation de la liberté de la presse. « En 2025, la situation mondiale de la liberté de la presse est à un niveau historiquement bas », écrit RFS dans son communiqué de presse. Outre la montée des régimes autocratiques et les situations sécuritaires fragiles dans certains pays, c’est surtout la pression économique sur les médias qui joue un rôle important. Dans près d’un tiers des pays étudiés, les rédactions ont dû fermer l’année dernière pour des raisons économiques. Le manque de transparence des annonces gouvernementales, la baisse des recettes publicitaires et le pouvoir de marché des grands groupes technologiques aggravent encore la situation des médias. En raison de cette pression économique croissante, Reporters sans frontières qualifie pour la première fois la situation mondiale de la liberté de la presse de « difficile » dans son ensemble.

Selon la RFS, plus de la moitié de la population mondiale vit dans des pays où la situation de la liberté de la presse est « très grave ». Seuls sept pays sont considérés comme « bons » dans l’ensemble du classement. La Suisse manque de peu ce classement, mais elle est très bien placée en comparaison mondiale avec un niveau « satisfaisant ».

La situation de la Suisse en détail

En 2025, la Suisse occupe, comme l’année précédente, la 9e place du « Classement de la liberté de la presse » de Reporters sans frontières. Deux points faibles centraux l’empêchent d’obtenir un meilleur classement: Les déficits dans la protection légale du travail des journalistes ainsi que la pression économique croissante.

Sur le plan juridique, Reporters sans frontières critique surtout l’article 47 de la loi sur les banques : En Suisse, la loi ne précise pas encore clairement si le secret bancaire s’applique également aux journalistes qui rapportent des données bancaires obtenues illégalement par des tiers, par exemple parce qu’elles ont été divulguées ou qu’elles proviennent d’un lanceur d’alerte. Même si les journalistes eux-mêmes n’ont pas enfreint la loi, mais respectent leurs normes professionnelles, ils s’exposent à des sanctions pénales dans certaines circonstances. Reporters sans frontières Suisse demande donc une modification claire de la loi afin de garantir la protection du travail journalistique, conformément à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme.

En Suisse, l’année 2024 a été marquée par de vastes mesures d’économie dans les entreprises de médias. Cette évolution pèse encore plus sur la situation déjà tendue du paysage médiatique. La garantie à long terme d’une offre d’information fiable sur l’ensemble du territoire n’est pas assurée, en particulier dans les régions périphériques. « Die Republik » a établi un aperçu de la situation économique du paysage médiatique dans un « Watchblog » continu. Les licenciements, les mesures d’économie et les débats politiques autour du journalisme y sont consignés chronologiquement.

Outre les problèmes économiques, Reporters sans frontières critique également le manque de régulation des plateformes en ligne. « En Suisse, avec son système de démocratie directe, ce point est particulièrement important », explique Isabelle Cornaz, présidente de RSF Suisse.

Plus envie de regarder les infos

Outre les problèmes structurels auxquels le journalisme est confronté, le comportement d’utilisation individuel de la population est également déterminant. Près de la moitié des personnes en Suisse renoncent complètement à la consommation active d’informations et font ainsi partie de ceux que l’on appelle les « newsdeprivilégiés ». Si l’intérêt pour le journalisme diminue, la sensibilisation aux dysfonctionnements dans le secteur des médias, mais aussi plus généralement dans les discours politiques, diminue également.

A cela s’ajoute le fait que de plus en plus de jeunes consomment les informations exclusivement via les médias sociaux, ce qui complique énormément le financement de plateformes médiatiques indépendantes. Les entreprises de médias peuvent certes générer une grande portée via les médias sociaux et atteindre un groupe cible jeune, mais dans la plupart des cas, elles ne gagnent pas d’argent de cette manière.

Comment mesurer la liberté de la presse ?

Le classement de Reporters sans frontières repose sur un système complet : depuis 2002, 180 pays et territoires sont examinés chaque année sous l’angle de la liberté des médias. L’indice évalue cinq dimensions :

  1. contexte politique
  2. cadre juridique
  3. contexte économique
  4. contexte socioculturel
  5. sécurité

Chaque Etat reçoit un score entre 0 et 100 dans ces catégories. La valeur 100 correspond à une liberté de la presse maximale. Ces données sont établies d’une part sur la base d’une étude pour laquelle des journalistes, des chercheurs et des défenseurs des droits de l’homme sélectionnés dans les pays concernés ont répondu à un questionnaire de plus de 120 questions, et d’autre part sur la base d’enquêtes quantitatives sur la sécurité des journalistes et des médias.

Whitepaper «Fit for Democracy» – Édition Journalisme

Le whitepaper « L’édition de journalisme » de notre organisation partenaire #UseTheNews (Allemagne) s’adresse aux journalistes et aux rédactions. Comment atteindre les jeunes avec des actualités dans le flot d’informations ? Sur 80 pages, #UseTheNews apporte des éléments de réponse, notamment en présentant les résultats du laboratoire de test des médias sociaux « Social News Daily ». Les enseignements tirés de l’Allemagne sont également précieux pour la Suisse, car le défi d’intéresser les jeunes au journalisme est universel.

Les éditeurs du Whitepaper sont #UseTheNews, die Madsack Stiftung et der Medienverband der freien Presse (MVFP).

Un aperçu des principaux contenus :

  • Studies: Plusieurs études de #UseTheNews donnent un aperçu du comportement des jeunes en matière d’utilisation des médias. L’un des principaux enseignements est que la majorité des jeunes ne comprennent pas pourquoi les actualités sont importantes pour leur propre vie.
  • Social News Desk: Il s’agit ici de nouveaux formats journalistiques pour des plateformes comme TikTok ou Instagram, afin d’atteindre les jeunes groupes cibles là où ils s’informent. Le Whitepaper montre quelles stratégies fonctionnent pour placer avec succès les nouvelles sur les médias sociaux. Il s’agit également d’une approche passionnante pour les entreprises de médias suisses qui sont également confrontées au défi d’atteindre la jeune génération via les canaux numériques.
  • Newscamps: Un lieu où les journalistes rencontrent les élèves et entrent en contact direct. Cette approche pratique permet aux jeunes de mieux comprendre le processus de création de l’actualité. Dans le Whitepaper, vous trouverez des enseignements, une organisation et des conseils concrets pour les enseignants.
  • Co-creation projects: Ce chapitre montre comment les classes et le journalisme local collaborent pour promouvoir la compétence en matière d’information. Les élèves couvrent des sujets régionaux et découvrent la valeur d’une information indépendante. Une idée passionnante pour la Suisse, où les médias locaux sont également confrontés à des problèmes de relève.
  • Lessons Learned: Ici, #UseTheNews résume à nouveau de manière transversale ses enseignements de « l’année des nouvelles ». Ces conseils constituent une base pour de futurs projets dans le domaine de la promotion des compétences en matière d’actualités.