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“News-Deprivation”: pourquoi le manque d’information menace la démocratieLa démocratie à portée de main : aux urnes, la population participe aux décisions, mais sans accès à l’information, elle ne dispose pas des bases nécessaires pour prendre des décisions éclairées. (KEYSTONE/Peter Klaunzer)
Linards Udris: Que signifie exactement « privation d’information » ?
La privation d’information signifie un manque d’accès à l’information, c’est-à-dire qu’une personne ne s’informe pas ou très peu sur l’actualité dans les médias, qu’ils soient sociaux ou traditionnels. Nous constatons également ce « manque » d’accès au fait que, d’un point de vue empirique, ce groupe de personnes « privées d’information » consomme nettement moins d’informations que les cinq autres groupes d’utilisateurs typiques qui existent en Suisse.
Quelles sont les principales raisons pour lesquelles de nombreuses personnes se détournent de l’actualité ?
Il existe essentiellement deux types d’explications. La première est que les gens évitent activement l’actualité. Cette évitement actif est souvent dû au fait que les gens considèrent l’actualité comme trop négative ou qu’ils ne savent pas quoi en faire. La seconde est que les gens ont tendance à ne pas utiliser les actualités de manière inconsciente. Inconsciente, car dans ce cas, les gens ne décident pas activement de ne pas utiliser les médias, mais parce que dans notre quotidien trépidant et dans le monde des médias numériques, de nombreux autres contenus ont plus d’importance que les actualités. Une personne qui utilise souvent les réseaux sociaux n’y trouve pas nécessairement des contenus journalistiques, et les réseaux sociaux ne sont pas utilisés principalement pour s’informer, mais pour échanger avec des amis ou pour consommer des formats de divertissement. Cela signifie qu’il existe un « effet de refoulement » dans notre environnement médiatique numérique. À cela s’ajoute le fait que de nombreuses personnes ne s’intéressent manifestement pas ou peu à l’actualité et à la politique.
Pourquoi le fait que la population ne consomme pas d’actualités constitue-t-il une menace pour la démocratie ?
Pour mieux comprendre la situation, je tiens à préciser que la Suisse se trouve encore dans une situation relativement favorable en termes de qualité de la démocratie. Il n’en reste pas moins que cette tendance à une privation croissante d’informations est problématique. En effet, nos données montrent que les personnes qui consomment peu d’informations sont finalement beaucoup moins impliquées. Elles sont nettement moins informées sur l’actualité, elles font moins confiance aux médias et à la politique, elles participent moins au processus politique et elles ont un sens civique moins développé.
Comment tenteriez-vous de convaincre quelqu’un de se remettre à lire les actualités ?
Si nous voulons lutter contre la privation d’information, nous devons agir à plusieurs niveaux. Premièrement, nous pouvons investir davantage dans l’éducation aux médias et l’éducation civique dans les écoles – ce qui serait d’ailleurs également important pour les adultes. Deuxièmement, les médias peuvent essayer de pratiquer un journalisme plus « constructif » dans leur couverture médiatique. Cela ne signifie pas qu’ils doivent surtout montrer des informations positives. Cela signifie qu’ils doivent en principe s’efforcer davantage de contextualiser et de proposer des solutions. Et les médias devraient utiliser encore plus les réseaux sociaux de manière à « aller chercher » littéralement les utilisateurs et les ramener vers leurs propres canaux numériques, par exemple leurs applications. Troisièmement, nous devons trouver des moyens de promouvoir publiquement les médias en tant que société, par exemple en soutenant davantage leur infrastructure. Et quatrièmement, nous devrions responsabiliser davantage les plateformes technologiques. Cela inclut, entre autres, un droit voisin ou un droit d’auteur adapté, afin que les prestations journalistiques puissent être rémunérées de manière plus équitable. Il s’agit également d’examiner, par exemple en Scandinavie, s’il est possible de fixer une « part minimale » de journalisme sur les plateformes, comme cela se fait depuis des décennies dans le domaine de la radiodiffusion publique et privée sous licence.
Quelles évolutions vous rendent optimiste, malgré tous les défis à relever ?
Le journalisme en Suisse a un problème d’audience, mais pas un problème fondamental de qualité. Il existe encore relativement beaucoup d’offres de qualité, sérieuses et professionnelles. Et ce qui me rend optimiste, c’est qu’une évaluation a montré que les personnes qui ont déjà suivi des formations dans le domaine des compétences médiatiques sont plus disposées à payer pour des informations en ligne. C’est un signe modeste mais encourageant qui montre que nous pouvons, ensemble, réussir à réancrer plus fortement la valeur du journalisme dans une société démocratique.
Les écoles en mode avion – faut-il interdire les téléphones portables dans les salles de classe?Il n’y a pas qu’en classe que le téléphone portable distrait : au Bundestag allemand aussi – comme ici avec l’ancienne chancelière Angela Merkel lors d’une séance en novembre 2017 – on tape à toute vitesse. (KEYSTONE / EPA / Christian Bruna)
Le monde digital fait depuis longtemps partie du quotidien de l’école : on partage des vidéos, on vérifie les horaires, on chatte avec des amis ou on joue à des jeux. En Suisse, il n’existe pas de réglementation nationale sur l’utilisation des téléphones portables à l’école.Chaque commune scolaire règle cette question individuellement et l’éducation scolaire relève de la compétence des cantons. De l’interdiction totale dans l’enceinte de l’école à l’utilisation libre pendant les pauses et l’utilisation en classe, il y a de tout.
Le regard politique sur le portable
Une interdiction entraînerait-elle une meilleure concentration à l’école ? Les jeunes interagiraient-ils à nouveau davantage socialement ? De telles questions marquent le débat autour de ce thème.Les uns voient dans l’interdiction du portable la solution et un soulagement pour les enfants et les jeunes. Les critiques avertissent qu’il serait plus judicieux d’apprendre aux élèves à utiliser les technologies de manière saine et réfléchie.
Sur le plan politique, le débat sur l’obligation de mettre les appareils électroniques en quasi mode avion dans les écoles a également été relancé cette année. Deux postulats demandent d’une part un examen visant à renforcer la protection des enfants et des jeunes contre une consommation nocive des médias sociaux, et d’autre part l’examen d’une interdiction des smartphones dans les écoles.Les deux demandes ont été adoptées sans opposition par le Conseil des Etats et approuvées par le Conseil fédéral. Le gouvernement national doit maintenant examiner, entre autres, une interdiction des téléphones portables dans les écoles. Selon persönlich.com, la ministre de la Santé Elisabeth Baume-Schneider s’est montrée plutôt réservée quant à une interdiction nationale des téléphones portables. La Confédération ne veut pas s’immiscer dans les affaires cantonales.
Les experts critiquent l’interdiction générale des téléphones portables
La population est très unanime sur la question de l’interdiction des téléphones portables : 82% sont favorables à une interdiction, selon un sondage de Sotomo. L’association faîtière des enseignantes et enseignants suisses (LCH) s’oppose en revanche à une interdiction générale des téléphones portables dans les écoles. L’association se prononce en faveur de « réglementations individuelles et adaptées aux différents niveaux, développées conjointement par les enseignants et la direction de l’école ». L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) recommande également, sur la base d’une étude, des réglementations flexibles.L’OCDE met certes en garde contre les retards d’apprentissage des élèves qui utilisent souvent leur téléphone portable. L’organisation est toutefois convaincue que les appareils font partie intégrante de l’enseignement scolaire, au moins depuis Corona, et qu’ils ont prouvé leur utilité.
Dans un article sur le Rapport mondial de suivi de l’éducation (Global Education Monitoring Report, GEM), l’Unesco appelle à des directives claires sur l’utilisation des téléphones portables à l’école : « Seule la technologie qui a un rôle clair dans le soutien de l’apprentissage devrait être autorisée à l’école ». Elle est toutefois plutôt opposée à une interdiction stricte. Il existe toutefois des pays qui ont déjà imposé une interdiction des téléphones portables et qui ont pu observer des effets positifs. C’est notamment le cas des Pays-Bas.
Une interdiction stricte y a été introduite début 2024. Les smartphones ne peuvent être utilisés que dans des cas exceptionnels, par exemple à des fins pédagogiques. Selon une enquête du ministère de l’Éducation, l’interdiction aurait permis aux élèves d’être plus sociables entre eux et de suivre les cours avec plus de concentration. Six cents enseignants et directeurs d’école ont été interrogés. L’impact de l’interdiction des smartphones sur les résultats scolaires reste toutefois une question ouverte dans le monde scientifique.
Que font les voisins ?
L’interdiction des téléphones portables ne préoccupe donc pas seulement les Suisses. Dans toute l’Europe, la question de savoir dans quelle mesure les enfants et les jeunes peuvent utiliser des smartphones fait l’objet de discussions.
Voici un aperçu :
L’Allemagne : en Allemagne, il n’existe pas d’interdiction nationale des téléphones portables dans les écoles, car l’éducation relève de la compétence des Länder. Les réglementations diffèrent selon les Länder. La Hesse est la première à prévoir une interdiction de principe de l’utilisation privée des téléphones portables dans les écoles à partir de l’année scolaire 2025/2026. En Rhénanie-du-Nord-Westphalie et au Bade-Wurtemberg, des directives plus strictes sont également prévues. Actuellement, dans de nombreux endroits, les écoles décident elles-mêmes de l’utilisation des smartphones.
La France : en 2018, le gouvernement français a décidé d’interdire les téléphones portables au niveau national. La loi interdit en principe l’utilisation des smartphones et des tablettes dans les écoles primaires et secondaires. Les lycées ne sont pas concernés par cette réglementation. L’utilisation pédagogique des smartphones reste toutefois autorisée.
L’ Autriche: le 1er mai 2025, l’Autriche a introduit une interdiction nationale des téléphones portables dans les écoles jusqu’à la huitième année scolaire. Cette interdiction couvre aussi bien les cours que les pauses et s’applique aux smartphones et aux montres intelligentes. L’objectif est de réduire les distractions et de favoriser la concentration des élèves. Des exceptions peuvent être définies par les écoles elles-mêmes, par exemple pour l’utilisation d’appareils numériques à des fins pédagogiques.
L’Italie : en Italie, le téléphone portable est strictement interdit en classe depuis 2024: les smartphones ne peuvent être utilisés ni à titre privé ni à des fins pédagogiques pendant le temps passé à l’école. Seuls les tablettes ou les ordinateurs sont autorisés – mais uniquement avec l’accord de l’enseignant. L’objectif est d’encourager la concentration et les méthodes d’apprentissage classiques comme l’écriture à la main.
Qu’il s’agisse d’une interdiction générale du téléphone portable ou de règles flexibles, la question de savoir comment les appareils numériques doivent être utilisés à bon escient dans le quotidien scolaire ou en être délibérément exclus reste complexe. Est-il judicieux d’éteindre complètement le téléphone portable dans les salles de classe suisses ? Ou faut-il utiliser le mode avion de manière ciblée pour décider quand il est judicieux de couper complètement la connexion avec l’extérieur pour se concentrer sur l’essentiel et quand le smartphone peut être utilisé de manière ciblée dans l’enseignement ? La discussion montre que la consommation de téléphones portables est un élément central de l’éducation.
L’éducation aux médias augmente la disposition à payer pour les médiasComme ici en Chine, il est tout à fait normal que nous apprenions à nager. Nous apprenons à gérer les informations plutôt par hasard, comme s’il n’y avait aucun risque de se noyer dans l’océan infini de l’information. (AP Photo)
L’Institut Reuters d’Oxford publie chaque année le Digital News Report, une étude sur l’évolution de l’offre et de la demande dans les médias dans 48 pays à travers le monde. Il s’agit désormais d’une référence majeure dans le domaine de la recherche sur les médias, car il évalue en permanence les changements, examine sans cesse de nouvelles questions et fournit ainsi des résultats empiriques à long terme. Pour l’édition 2025, le rapport a également examiné pour la première fois le lien entre l’éducation aux médias (news literacy) et le comportement des utilisateurs, y compris leur disposition à payer pour des sources d’information journalistiques.
Les données collectées pour la Suisse par le Centre de recherche sur l’opinion publique et la société de l’Université de Zurich (fög) montrent qu’il existe un lien positif entre l’intérêt pour l’actualité et une formation formelle/informelle en matière de compétence médiatique chez les personnes interrogées. Parmi les 51 % des personnes qui se sont déclarées très intéressées ou même très intéressées par l’actualité, 31 % ont suivi une formation ou même une éducation à l’information. À l’inverse, parmi les 12 % qui ne s’intéressaient guère à l’actualité, le taux de formation était également faible, à 15 %.
Plus le niveau de formation formelle est élevé, plus la probabilité d’avoir suivi une formation en matière de compétence médiatique est grande. L’inverse est vrai pour l’âge : chez les moins de 35 ans, le taux est de 42 %, tandis qu’il tombe à 20 % chez les plus de 35 ans. En combinaison, cela montre que plus la personne est jeune et plus son niveau d’éducation est élevé, plus elle a d’expérience en matière de formation aux compétences médiatiques. C’est là que les efforts scolaires visant à transmettre des compétences médiatiques devraient porter leurs fruits.
Dans l’ensemble, toutefois, la proportion de personnes déclarant avoir suivi une telle formation reste modeste en Suisse (25 %), tandis que 69 % répondent par la négative. Les pays nordiques, en particulier la Finlande, sont nettement plus avancés dans ce domaine.
Il est empiriquement prouvé que la promotion de l’éducation aux médias peut être utile pour une participation responsable au système de décision démocratique direct. Cependant, le fög montre également que, indépendamment du niveau d’éducation et de l’intérêt pour l’actualité, la disposition à payer pour des contenus journalistiques est nettement plus élevée lorsqu’une personne a suivi une formation sur le traitement de l’information.
Plus de TikTok, moins d’ARD et de ZDFSa visite à la Maison Blanche n’a pas aidé son réseau X : Elon Musk (à gauche) lors de son départ en tant que conseiller spécial par le président Trump le 30 mai 2025. (AP Photo/Evan Vucci)
Ce n’est certes pas un institut universitaire ou un département de recherche renommé qui publie chaque année en Allemagne le « Social-Media-Atlas », mais une société de conseil à vocation commerciale, l’Institut für Management- und Wirtschaftsforschung (Institut de recherche en gestion et économie) du groupe Faktenkontor. Les résultats sont néanmoins remarquables, compte tenu du nombre de personnes interrogées (3 500) et des comparaisons avec l’année précédente. En résumé : les réseaux sociaux gagnent non seulement en nombre d’utilisateurs, mais aussi en confiance par rapport aux sites d’information classiques.
En 2025, 57 % des 20-29 ans déclarent faire davantage confiance aux contenus des réseaux sociaux qu’à ceux des sites d’information des médias traditionnels. Cela représente une augmentation de 14 points par rapport à 2024. Mais les groupes plus âgés ont également tendance à croire TikTok, X ou YouTube, avec plus de 50 % d’entre eux.
Cette augmentation de la confiance s’explique sans doute aussi par le fait que plus de 80 % des internautes allemands surfent déjà sur les réseaux sociaux, et ce pendant un temps considérable, soit 18 heures par semaine au total. Chez les jeunes, ce chiffre est presque deux fois plus élevé.
D’après l’étude, on observe globalement un « processus de vieillissement » dans l’utilisation des plateformes concernées. Alors que Facebook était jusqu’à présent considéré comme un média réservé aux seniors, un quart des 50-59 ans utilisent désormais TikTok. Chez les jeunes de moins de 20 ans, ils sont huit sur dix.
WhatsApp et YouTube restent incontestablement les plus populaires, Facebook et Instagram étant à la traîne. Le réseau professionnel LinkedIn n’est plus réservé aux seniors, mais gagne également en popularité auprès des jeunes actifs. En revanche, compte tenu de la mission politique de son actionnaire majoritaire, il n’est guère surprenant que X (anciennement Twitter) perde du terrain.
Enfin, nous trouvons pertinent pour la promotion de la compétence en matière d’information le résultat selon lequel 84 % des personnes interrogées déclarent être parfois confrontées à des contenus qu’elles perçoivent comme des fake news. Cela signifie à l’inverse que chaque minute consacrée à une approche critique des contenus sur Internet est une minute bien investie.
L’éducation aux médias requiert de la motivation et une pertinence dans la vie quotidienneLorsque, comme ici pendant la canicule de 2022, le Doubs assèche des rivières entières en Suisse, cela affecte également la vie de nombreux jeunes. (KEYSTONE/Laurent Gillieron)
Qu’est-ce que la compétence en matière d’information ? Ou plutôt, que recouvre le terme « information » ? Dans la recherche traditionnelle sur le journalisme, le concept d’« information » est souvent défini à l’aide de critères qui sous-tendent le journalisme professionnel. Les études dans le domaine de la recherche qualitative sur le public montrent que la compréhension du terme évolue du point de vue des utilisateurs des médias, en particulier dans le contexte des médias sociaux. Il n’est pas toujours très clair quels contenus appartiennent au domaine de l’« information ». Dans cet environnement, les informations sur les événements mondiaux sont de plus en plus fragmentées et se distinguent de moins en moins des autres formes de communication. Les sphères privées et publiques se confondent dans l’espace numérique, les contenus marketing côtoient potentiellement la propagande et la désinformation, et les contenus peuvent être créés et diffusés par des acteurs très divers.
Dans cet environnement médiatique complexe, le concept de compétence en matière d’information (news literacy) devient de plus en plus important. Tully et ses collègues (2022) associent la compétence en matière d’information aux connaissances et aux capacités qui permettent aux gens de comprendre le processus complexe de production, de diffusion et de consommation de l’information. Il s’agit de comprendre les différents processus sociaux, juridiques et économiques qui sous-tendent la production de «news» et de connaître les critères de qualité d’une information journalistique.
Cinq domaines de connaissances et de compétences
Dans un diagramme en 5C, Tully et ses collègues identifient cinq domaines de connaissances et de compétences essentiels pour décrire la compétence en matière d’information :
Le contexte : il s’agit de connaître le cadre social, juridique et économique de la production d’informations. Cela inclut, par exemple, la connaissance des modèles commerciaux des éditeurs ou la capacité à faire la différence entre les médias financés par des fonds publics et ceux financés par des fonds privés.
Création : ce domaine traite de la compréhension du processus de production de l’information. Il s’agit par exemple des compétences dans le domaine de la conceptualisation du reportage, de la connaissance des normes de qualité journalistique, ainsi que des connaissances dans le domaine des processus de travail journalistiques et des lignes directrices.
Contenu : ce domaine décrit, entre autres, la capacité à reconnaître les caractéristiques qualitatives du contenu d’une information et à la distinguer d’autres contenus médiatiques tels que la publicité ou les commentaires.
Diffusion des informations : ce domaine comprend par exemple la connaissance des modes de diffusion des informations et des acteurs, y compris les algorithmes des réseaux sociaux, qui influencent ce processus.
Consommation des informations : il s’agit ici de faire comprendre aux individus que des facteurs individuels tels que la motivation, la vision du monde ou les valeurs influencent la perception et l’évaluation de leur propre utilisation des informations.
Ces domaines de compétences et de connaissances décrivent différents aspects qui sont importants pour s’orienter dans l’environnement numérique de l’information. Tully et ses collègues (2022) soulignent que les compétences requises s’adaptent constamment à l’évolution des médias. Ainsi, d’autres compétences gagnent en importance lorsque de nouveaux acteurs tels que les modèles d’IA sont impliqués dans la diffusion des informations.
Compétence médiatique et performance médiatique
La compétence médiatique et la performance médiatique sont étroitement liées. De nombreuses études montrent que l’acquisition de la compétence médiatique ne se fait pas seulement par l’éducation formelle, mais aussi par l’utilisation pratique des médias et la réflexion sur ses propres expériences médiatiques (Trültzsch-Wijnen, 2021).
Dans ce contexte, des facteurs individuels tels que la motivation, l’intérêt et la mémoire jouent également un rôle. Ils influencent le transfert des compétences médiatiques vers la performance médiatique. Inversement, les compétences médiatiques sont développées par l’interaction directe avec les médias. Cela signifie également qu’il est tout à fait possible d’être théoriquement compétent dans l’utilisation des médias et des informations, tout en manquant de motivation pratique pour traiter, par exemple, des informations et d’autres contenus journalistiques.
Il faut donc toujours garder cela à l’esprit lorsqu’on enseigne les compétences médiatiques et journalistiques : il est essentiel de susciter l’intérêt et la motivation, en s’adaptant à la réalité de la vie des élèves, mais aussi des gens en général.
Promouvoir l’éducation aux médias – urgent et nécessaireFoto: Til Bürgy / Keystone-SDA
Des discussions intenses, des panels controversés, des discours d’ouverture divertissants – et beaucoup de sujets de conversation pendant les pauses et les ateliers : c’était la deuxième conférence nationale sur les compétences en matière d’information à la ZHAW de Winterthur. Environ 150 enseignants, principalement du secondaire et du supérieur, ainsi que des experts de l’éducation, des sciences et des médias ont passé la journée à discuter de sujets tels que l’interdiction des téléphones portables à l’école, la capacité de lecture, les contenus générés par l’IA, la vérification des photos ou le règlement scolaire numérique. Engagés, sérieux, collégiaux, ils étaient tous d’accord sur un point : il est urgent et nécessaire de promouvoir davantage la compétence en matière d’information chez les jeunes, car c’est une compétence clé à l’aube de l’ère virtuelle. (Photos : Til Bürgy / Keystone-ATS – Michi Steiner / SRG)
Deux heures de cours sur les «médias et l’informatique» ne suffisent pasSans capacité de lecture, rien n’est possible, ni aujourd’hui à l’ère du numérique, ni à l’époque dans le quotidien de l’entreprise au bureau de chèques postaux des PTT à la Claridenstrasse à Zurich lors de l’addition et de la vérification des mandats. (KEYSTONE/ARCHIVES PHOTOPRESS/Milou Steiner, Walter Scheiwiller)
C’était peut-être la déclaration la plus pertinente de la deuxième conférence nationale sur les compétences en matière d’information, qui s’est tenue vendredi 21 mars 2025 à la ZHAW de Winterthour et organisée par l’association UseTheNews en collaboration avec l’Institut des sciences des médias appliquées (IAM) : Lorsqu’on lui a demandé comment il évaluait l’impact des réseaux sociaux sur les jeunes, lui qui est une star de TikTok et d’Instagram avec des millions de followers, l’ancien professeur de musique et de sport Jodok Vuille, alias «Jodokcello», a répondu avec une franchise rafraîchissante : «Pas de téléphone portable avant 12 ans, et allez dans la nature et cultivez vos amitiés !» Il a lui-même été victime de faux comptes, de «faux» Jodokcello, qui ont tenté d’appâter des fans sans méfiance en utilisant son nom. Il a ainsi appris à être extrêmement prudent et à ne pas trop s’impliquer dans sa vie privée.
YouTube, c’est « naze »
L’enseignant originaire de l’Emmental avait auparavant raconté son ascension fulgurante en tant que violoncelliste grâce aux réseaux sociaux – ses élèves lui ayant conseillé de passer à TikTok et Instagram après qu’il n’ait d’abord été actif que sur YouTube. C’était « naze » – il devrait passer de l’horizontale à la verticale.
Aujourd’hui, il peut vivre de ses publications, qui peuvent parfois générer jusqu’à 86 millions de vues. L’artiste explique que son succès est le fruit d’un travail acharné. Et le résultat de l’expérience qu’il a lui-même acquise sur la manière dont la commercialisation est réalisée sur les réseaux sociaux. Quatre éléments sont décisifs pour les algorithmes : le « temps de visionnage », c’est-à-dire le pourcentage de temps pendant lequel la vidéo est effectivement regardée (dans son cas, 300 %) ; l’autorisation des commentaires, en particulier des commentaires négatifs (car dans son cas, ils génèrent une majorité de commentaires positifs) ; les « likes » et les partages.
«One fits all» ne fonctionne pas
La chercheuse Fiona Fehlmann de l’IAM a présenté la conférence aux quelque 150 enseignant(e)s et représentant(e)s du monde de l’éducation, de la science et des médias. Elle a expliqué les différentes dimensions de la compétence en matière d’information et leur interaction à l’aide du schéma des 5C de Tully datant de 2022. La complexité de ce que recouvre la compétence en matière d’information rend difficile pour les responsables de l’éducation et de la formation de la promouvoir auprès des jeunes.
«One fits all» ne fonctionne pas, comme l’a rapidement montré une table ronde animée par l’enseignant du secondaire Kaspar Vogel, l’enseignante du lycée Lea Thalmann-Truniger et le directeur du centre de formation professionnelle d’Olten, Georg Berger. Alors que Mme Thalmann utilise des téléphones portables et des tablettes en classe («bring your own device») et en tire de bonnes expériences (tout en admettant qu’elle ne voit guère de possibilités d’interdire leur utilisation, compte tenu de la maturité déjà acquise par certains de ses élèves), M. Vogel, en tant que conseiller municipal, s’engage également en faveur d’une interdiction des téléphones portables, tout en étant conscient du conflit d’objectifs qui existe entre la mission éducative et l’enseignement et la formation numériques.
Il estime qu’il est plus judicieux de promouvoir une utilisation consciente des médias numériques pendant les cours. Le fait de sortir et de ranger les téléphones portables et les tablettes, de les mettre dans le garage comme il le dit, permet de mieux se concentrer. Selon lui, il ne faut pas laisser les jeunes se débrouiller seuls avec leurs appareils et leurs devoirs.
Il a expliqué sa position en précisant que ses élèves étaient souvent issus de familles peu instruites. Le téléphone portable est souvent leur seule occupation, même à la maison, ce qui peut conduire à un certain isolement social. Cela les rend plus vulnérables aux messages de haine ou aux campagnes de désinformation. Pendant la guerre de Gaza, les élèves ont été confrontés à des informations et des images problématiques et partiales sur TikTok, ce qui est dangereux, a expliqué l’enseignant. Il a également eu affaire à des messages sexistes ou politiques dans des groupes de discussion. Il n’hésite pas à s’adresser personnellement aux élèves et aux parents, car il a aussi une mission éducative. En revanche, il considère que les sanctions scolaires, comme les réprimandes, sont peu efficaces.
Thalmann, quant à lui, enseigne à «sa» classe pendant deux heures dans le cadre du programme de lycée court. D’autres enseignants sont responsables des autres cours. Le niveau et le type d’école ont donc également une influence sur les possibilités et les limites d’influence sur les élèves.
Berger, lui aussi en contact avec des élèves plus âgés qui sont déjà en apprentissage, a constaté, suite à des reportages critiques dans les médias sur son établissement d’enseignement, que les jeunes réfléchissent aux informations lorsqu’un sujet les concerne directement ou a un rapport avec leur réalité quotidienne. Cependant, il constate également que de nombreux élèves ont du mal à faire la différence entre opinion, faits et interprétation.
Les trois intervenants étaient d’accord sur le fait que l’école ne peut pas assumer seule la promotion des compétences en matière d’information. Selon eux, il faut des offres et un soutien supplémentaires en plus de l’environnement familial et des établissements d’enseignement. Les élèves ne manquent pas de connaissances techniques : ils sont tout à fait « à la hauteur », voire plus à la hauteur que leurs enseignants ou leurs parents en matière de compétences d’application, a déclaré M. Berger. Mais être rapide dans l’utilisation des appareils ne signifie pas automatiquement être orienté vers les solutions et les objectifs, et encore moins porter un jugement critique sur le contenu. Selon M. Berger, l’éducation est donc toujours aussi une question de maturité.
Plaidoyer pour une meilleure capacité de lecture
Dans son discours d’ouverture, l’auteur de livres pour la jeunesse et journaliste Thomas Feibel a plaidé en faveur de la capacité de lecture en tant que nouveau «concept directeur» dans la compétence médiatique. Il l’a délibérément défini de manière large : «On peut lire» de différentes manières : de manière linéaire un livre, de manière informative un dictionnaire, de manière intéressée un journal. Mais les jeux vidéo ou les réseaux sociaux nécessitent également des capacités de lecture, qui ne concernent pas (uniquement) TikTok et Cie, mais aussi les «vraies personnes», les amis, la famille, les proches. Il faut également des capacités de lecture pour les données, ne serait-ce qu’en raison du fait que la sphère privée n’existe plus sur Internet, a expliqué M. Feibel.
Il estime que les discussions menées dans son pays d’origine, l’Allemagne, ainsi qu’en Autriche ou en Italie, sur l’interdiction des téléphones portables dans les écoles primaires, sont importantes mais mal menées. Il ne faut pas interdire les téléphones portables, mais apprendre aux enfants à bien utiliser les médias, et ce de la maternelle à la fin de la scolarité. Il faut donc leur apprendre à lire.
Il est urgent d’agir
Les participants du deuxième panel ont également confirmé ce besoin d’action : l’enseignante Ute Heckroth, la jeune collaboratrice de « YouMedia » Jenny Kitzka, le directeur du service pédagogique de l’association faîtière des enseignants en Suisse, Beat A. Schwendimann, et Flurin Senn, directeur de la formation et de l’éducation à la Haute école pédagogique de Zurich.
Schwendimann considère qu’il est urgent de promouvoir la compétence en matière d’information, et que les nombreux acteurs devraient être mieux connectés. L’école ne peut pas tout faire non plus. «Les parents doivent participer, mais aussi les autorités, les politiciens, les médias», a-t-il déclaré, en exprimant le souhait que l’urgence soit reconnue, car il est de plus en plus difficile de se forger une opinion sans filtre. Deux heures de «médias et informatique» ne suffisent pas pour y remédier. La compétence médiatique est une mission éducative interdisciplinaire – la limitation à une seule matière, comme le prévoit le Lehrplan21, n’est pas suffisante.
Elle n’a jamais bénéficié d’un cours spécifique sur les médias, a avoué Mme Kitzka. Et elle est elle-même en quelque sorte une «victime» des médias sociaux. Cependant, ceux-ci sont une réalité, surtout dans sa tranche d’âge, et les jeunes n’y peuvent rien. Elle serait donc intéressée à devenir plus compétente dans ce domaine.
Senn voit également ce besoin dans la formation des futurs enseignants, qui font partie, comme Kitzka, du «groupe cible» pour l’enseignement de la compétence médiatique. Les jeunes étudiants réfléchissent déjà à leur utilisation des médias, et le sujet d’enseignement – les médias – est attrayant parce qu’il est très proche de la vie quotidienne et revêt une grande importance individuelle, a-t-il expliqué. En même temps, en tant qu’enseignants, il faut aussi repenser les pratiques qui sont peut-être logiques en tant que personne privée, comme la mise en place d’un chat de classe sur WhatsApp. Cela n’a aucun sens, ne serait-ce que pour des raisons de protection des données.
M. Schwendimann voit ici aussi le dilemme entre protection et participation ; plus de restrictions réduisent la capacité à participer, et en même temps, on veut protéger les jeunes des risques de cette participation. Les enseignants, quant à eux, doivent être conscients qu’ils représentent eux aussi, au moins en partie, des intérêts publics et qu’ils doivent toujours représenter leur école. Il n’est donc pas recommandé d’avoir un compte « Onlyfan ».
Pour Mme Heckroth, enseignante dans un lycée professionnel, le principal problème dans l’enseignement de la compétence médiatique est le temps nécessaire et les contraintes structurelles. Avec la devise «bring your own device» (apportez votre propre appareil) souvent utilisée au niveau du secondaire, il est extrêmement difficile pour elle de contrôler en classe qui fait quoi exactement sur son écran.
L’interdiction des téléphones portables est peu efficace
Malgré ces nombreuses réserves, ces spécialistes considèrent eux aussi qu’une interdiction des téléphones portables n’est pas la solution. Selon M. Schwendimann, l’association faîtière estime qu’une utilisation adaptée et en rapport avec l’enseignement est plus judicieuse ; cela n’exclut pas une interdiction d’utilisation à des fins privées dans le cadre du règlement scolaire. Il a également recommandé d’adopter des réglementations uniformes au moins au niveau du district scolaire, ne serait-ce que pour des raisons pratiques pour les parents ayant plusieurs enfants en âge scolaire.
Les panélistes ont également convenu que si les jeunes devaient être au centre des préoccupations, la société dans son ensemble était appelée à devenir plus compétente dans son utilisation des médias.
Les réalités générées par l’IA – ad absurdum
Le dessinateur et illustrateur Ruedi Widmer, de Winterthour, a montré de manière impressionnante à quel point l’IA est bonne – ou plutôt mauvaise – pour créer et falsifier des photos. Partant d’une photo montrant un fragment de la skyline de Manhattan, il l’a transformée devant un public émerveillé en une peinture vénitienne, en une ville des Flandres du XVIIe siècle, en Zurich ou en Marrakech, puis à nouveau en un cimetière ou en une vitrine de flacons de parfum. Il a même réussi à générer un tapis au crochet ou un ensemble de meubles IKEA en quelques clics dans le programme Midjourney, en préservant toujours l’«original» ou en utilisant ses éléments clés, à savoir les gratte-ciel de Manhattan. Le résultat était aussi stupéfiant qu’irritant : notre cerveau transforme les impressions visuelles et les consolide en une nouvelle vérité. L’objectivité et la réalité se transforment en quelques minutes, la raison est dupée.
Et pourtant, Widmer se console, lui qui, selon ses propres mots, s’était inquiété à l’apparition des premières images générées par l’IA, craignant pour son gagne-pain : « Même si la qualité s’améliore, les images générées par l’IA sont reconnaissables. » On peut ajouter que c’est aussi parce que le résultat est tellement absurde.
«La désinformation est devenue un incendie généralisé»Il n’est pas aussi facile d’éteindre l’incendie de la désinformation que l’incendie de forêt qui s’est déclaré ici sur le mont Königsberg, au-dessous du mont Brocken dans le Harz (Allemagne). (KEYSTONE/DPA/Swen Pförtner)
Comment enthousiasmer les jeunes pour le journalisme ? C’est la question que se pose l’initiative #UseTheNews en Allemagne. Avec « l’année des nouvelles », elle a déclaré la guerre à la désinformation en 2024. Avec le slogan « Faites confiance aux nouvelles qui font entendre des voix au lieu de faire de l’ambiance », l’initiative voulait surtout sensibiliser les jeunes Allemands aux fake news et augmenter leur compétence en matière d’actualités. L’année est terminée, mais la mission n’est pas encore terminée. Avec Meinolf Ellers, le directeur de #UseTheNews, nous jetons un regard rétrospectif sur l’année écoulée et nous demandons comment elle va se poursuivre.
Meinolf Ellers, avant d’aborder plus en détail « l’année de l’actualité », je voudrais vous parler brièvement de #UseTheNews.Cette initiative existe depuis 2020. Comment #UseTheNews a-t-il été créé à Hambourg et quel était son objectif ?
Les initiateurs du projet – le Sénat de Hambourg, l’Office des médias et la dpa – étaient déjà en discussion sur le thème de ce que pourrait être l’avenir des médias journalistiques. Depuis 15 ans, nous organisons ensemble une conférence sur l’innovation à Hambourg, appelée « Scoop Camp ». Avant la création de #UseTheNews en 2019, nous y avions accueilli comme keynote speaker Alan Rusbridger, rédacteur en chef de longue date du Guardian. Il a exprimé de grandes inquiétudes quant à ce qui se passe avec les moins de 30 ans, car ils disparaissent complètement en tant que groupe cible pour les nouvelles et les informations. Nous nous sommes alors demandé ce que nous pouvions faire.
Au départ, nous voulions simplement réaliser une étude avec l’institut Leibniz pour savoir ce qu’il en était de la compétence des jeunes en matière de nouvelles. Mais nous avons très vite développé cette idée. Savoir que la compétence en matière d’actualités des adolescents et des jeunes adultes est peut-être mauvaise ne suffit pas. Nous voulions plutôt ajouter tout de suite une structure à cette étude, qui nous permettrait de prendre des contre-mesures concrètes grâce aux résultats obtenus.
A l’aube de sa cinquième année d’existence, quel bilan intermédiaire dressez-vous en tant que directeur – et que feriez-vous différemment aujourd’hui qu’à l’époque de sa création ?
Dès le début, nous savions que nous voulions faire de l’année 2024 quelque chose de spécial – à l’occasion du 75e anniversaire de l’entrée en vigueur de la Loi fondamentale allemande. Cette année-là, la dpa a également fêté ses 75 ans, l’idée s’est donc imposée d’elle-même. Au cours des trois premières années, de 2020 à 2023, nous voulions d’abord amener le projet à un niveau où nos partenaires nous feraient confiance pour proclamer quelque chose d’aussi présomptueux qu’une « année de l’information ». C’est pourquoi il s’agissait, au cours de ces trois premières années, de gagner ce que l’on appelle peut-être aujourd’hui la street credibility. Je dirais que nous y sommes parvenus. En 2024, #UseTheNews a commencé l’« année de l’information » comme un nain et s’est transformé en un semblant de géant pendant l’année – grâce au soutien supplémentaire que nous avons reçu. L’important était de ne pas se rétrécir à nouveau au niveau des nains par la suite. Nous avons beaucoup appris et vu où nous devions être plus efficaces. Je ne ferais donc pas grand-chose de différent. Un apprentissage central avec les connaissances d’aujourd’hui est cependant que nous aurions essayé dès le début d’apparaître davantage sur le radar des politiciens de l’éducation et des fondations dans le domaine de l’école et de la formation. Nous avons dû travailler pour cela.
Pourrait-on alors résumer en disant que l’éducation est le moyen d’intéresser à nouveau les jeunes aux médias ?
C’est la combinaison de l’éducation et du journalisme. Je pense que #UseTheNews a trouvé un très bon équilibre. Nous nous sommes positionnés exactement à l’intersection. On le voit par exemple au fait que nous avons compris l’importance de ce que l’on appelle les intermédiaires pour jouer activement sur les interfaces, comme les pédagogues des médias et les médias scouts, c’est-à-dire les jeunes qui sont particulièrement qualifiés. Le simple fait de dire que nous apportons le journalisme à l’école et que les élèves entendent parler du sujet ne change rien. Nous devons plutôt réfléchir, dans ce triangle formé par les enseignants, les journalistes et les jeunes, et avec la participation de ces intermédiaires, à la manière dont nous pouvons impliquer activement les jeunes.
A l’occasion du 75e anniversaire de l’entrée en vigueur de la Loi fondamentale allemande et notamment de l’article 5 sur la liberté d’expression et de la presse, vous avez lancé en 2024 le projet « Année de l’information ».En quoi consistait concrètement ce projet ?
Lorsque nous avons eu les premières idées pour ce projet en 2020, notre principe directeur était avant tout notre slogan #UseTheNews, c’est-à-dire transmettre aux jeunes : « Hé, utilise les nouvelles, elles sont importantes pour ta vie ». Ce que nous ne pouvions pas encore prévoir à ce moment-là : Avec la pandémie de 2020, la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine deux ans plus tard et l’évolution dramatique dans le domaine de l’IA, la désinformation est devenue un incendie généralisé.
Cela a donné à l’« Année de la nouvelle » une toute autre dimension, car début 2024, il était clair que le thème de la désinformation devenait un véritable danger pour la démocratie et la société. D’où le soutien du ministère fédéral de l’Intérieur. Le ministère allemand de la sécurité nous a subventionnés sur des fonds destinés à la lutte contre la désinformation et non sur des fonds destinés à la promotion du journalisme ou des médias. Il s’agissait de savoir quelle contribution nous pouvions apporter auprès des adolescents et des jeunes adultes afin de construire une résilience contre la désinformation. Tel était le mandat.
L’objectif principal était de sensibiliser les jeunes au thème de la désinformation et de développer leurs compétences en matière d’information.Dans ce contexte, quelles approches ou quels projets ont été particulièrement réussis l’année dernière ?
De mon point de vue, les Newscamps sont le grand succès surprise de « l’année de l’information ». Nous avons vu que deux choses sont des facteurs de succès absolus : L’une est la participation active, la création d’un maximum d’approches ludiques permettant aux jeunes d’aborder ces thèmes. Et un autre aspect était la présence physique.
Lors de la grande expérience du Social News Desk, nous pensions qu’il serait plus facile de rivaliser avec tous les autres acteurs qui évoluent sur les médias sociaux. Mais créer un canal d’information sur TikTok, Instagram, YouTube, etc. ne s’improvise pas. Nous savons maintenant quels sont les facteurs de réussite, mais il est illusoire de vouloir créer du jour au lendemain une super chaîne à forte audience sur les médias sociaux.
Je pense que c’est un point décisif : si nous essayons d’atteindre les jeunes via les médias sociaux, nous ne pouvons rivaliser avec les autres offres et attirer l’attention des jeunes que dans une certaine mesure. En revanche, si nous entamons un dialogue direct, nous pouvons tout à coup faire valoir nos points forts. C’est un apprentissage important et c’est ce que nous ont renvoyé les jeunes, mais aussi les enseignants et les parents.
Qui a participé à « l’année des nouvelles », en plus de #UseTheNews ?
Outre le financement par exemple par le BMI (ministère fédéral de l’Intérieur et de la Patrie) et les partenaires, une autre partie importante a été de mettre en place une bonne structure. En commençant tout en haut, il y a un conseil d’administration avec des représentants importants des partenaires, donc il y a aussi des personnes de haut niveau politique. Ce conseil d’administration a un petit comité directeur. C’est la première chose. La deuxième chose, c’est qu’en 2022, #UseTheNews a été transformé en une société à responsabilité limitée à but non lucratif. Dans le domaine de la promotion des compétences en matière d’actualités, il existe une multitude de petits projets, de fondations et d’associations qui souffrent tous de l’absence d’une structure professionnelle. Pour nous, et c’est précisément le contexte dans lequel on se trouve lorsqu’on est une filiale à 100% de dpa, il est très important que nos structures soient hautement professionnelles. Nous devons répondre de chaque euro qui nous est confié, nous devons fournir des prestations et rendre compte de ce que nous avons fait avec. Pour l’« année de la nouvelle », nous avons donc mis en place une structure de projet spécifique. Elle se composait de deux unités : Le « Social News Desk », une équipe de dix jeunes qui ont travaillé quotidiennement à la rédaction et le« Mission Control », qui a assuré la coordination générale, les contacts avec les partenaires et la gestion de la campagne.
Quel est ton bilan personnel de cette « année de l’actualité » ?
Dans la course pour éteindre l’incendie de la désinformation et pour donner aux jeunes les outils leur permettant de se débrouiller dans l’espace d’information numérique, nous sommes toujours légèrement en retard. Et si Mark Zuckerberg annonce maintenant qu’il renoncera aux fact-checks sur Meta, cela empoisonnera encore plus l’espace numérique. Malgré tout, la course n’est pas perdue. L’un des jalons les plus importants de « l’année des nouvelles » a été l’occasion que nous avons eue en octobre de nous exprimer lors de la première conférence des ministres de l’éducation des Länder en Allemagne. C’est le cercle qui décide de tout chez nous, autour des écoles. Avoir l’honneur d’y parler de nos préoccupations et d’y trouver un soutien vraiment important a été pour moi l’un des signaux les plus importants. Au cours de cette « année des nouvelles », de nombreux acteurs ont compris que les résultats des élections, où les jeunes électeurs se sont tournés pour un tiers vers l’extrême droite, sont directement liés à la perte des compétences en matière d’information et à la désinformation.
L’« année de l’information » est terminée, ce qui reste est le livre blanc « En forme pour la démocratie ».Une version s’adresse aux journalistes, l’autre aux enseignants.Quel est le contenu principal du livre blanc ?
Le livre blanc a pour but de consigner et de résumer nos conclusions et recommandations de l’« Année de l’information ». Il sert également de programme de travail pour la prochaine étape de #UseTheNews. Il a toujours été clair pour nous que la chose la plus stupide à faire serait de mettre fin à « l’année de l’actualité » et de dire : « C’est fini ». Il faut continuer et nous avons déjà construit une structure au printemps de l’année dernière pour voir comment, parallèlement à l’« année des nouvelles » en cours, nous pourrions déjà poser les jalons pour l’année suivante. Donc trouver et définir le financement, les partenaires et les priorités.
Et que va-t-il se passer maintenant avec #UseTheNews en Allemagne ?
Attirer l’attention, nous l’avons maintenant atteint. Maintenant, nous devons être efficaces. Avec la Conférence des ministres de la Culture et nos principaux partenaires, par exemple le portail scolaire allemand de la Fondation Robert Bosch, nous avons développé les premières idées et les premiers jalons pour la période 2025-2030. Pour 2030, nous nous sommes fixés comme objectif que chaque enfant en Allemagne, quelle que soit la région, l’école ou le type d’école, ait obligatoirement accès à une offre d’enseignement pour l’acquisition de compétences en matière de nouvelles et d’information. Nous ne disons pas, ce qui est toujours un débat politique en Allemagne, que la pédagogie des médias doit devenir une matière scolaire. Je n’y crois pas. En Allemagne, la politique de l’éducation fonctionne de manière à ce que l’on puisse se mettre d’accord sur des objectifs communs, mais chaque Land doit avoir la possibilité de trouver sa propre voie.
Comment atteindre l’objectif d’ici 2030 ?
Pour y parvenir, nous voulons faire une poignée de projets pilotes dans un tiers des 16 Länder en 2025, accompagnés par le ministère de l’Éducation respectif. Nous espérons ainsi créer des phares qui seront perçus par tous les autres Länder, de sorte que nous puissions ensuite développer les meilleures pratiques qui définissent également des normes à suivre et à imiter au niveau fédéral.
Un autre objectif concerne le journalisme, car nous évoluons toujours entre les pôles de l’éducation et du journalisme. Le journalisme doit changer fondamentalement. De manière fondamentale ! Notre thèse est que les médias d’information issus de la presse écrite ne peuvent survivre que s’ils se réinventent, et ce en s’alliant avec les jeunes. Cela signifie par exemple pour un nouveau journalisme : la fin du principe de l’émetteur-récepteur. C’est ce que nous enseignent les jeunes groupes cibles sur les médias sociaux, cela devient de plus en plus un ping-pong interactif d’égal à égal. Les parties actives de la communauté veulent avoir leur mot à dire, veulent participer, veulent être impliquées, et c’est pour cela que nous devons proposer des offres.
Pour cela, très concrètement, nous mettons en place à Hambourg le Competence Center Young Audiences, le CCYA, qui, outre ce que je viens de dire pour le secteur de l’éducation, est notre deuxième apprentissage concret de l’année de l’information, nous avons besoin de ce lieu de laboratoire où nous réunissons les jeunes, les journalistes et les développeurs de produits et où nous les faisons travailler ensemble pour développer le nouveau journalisme.
Entre faits et fakes : TikTok comme outil pour l’enseignementTikTok polarise l’opinion, comme ici lors d’une manifestation de l’opposition à Tirana en mars 2025 contre le gouvernement qui veut interdire l’exploitation de la plateforme en Albanie. (AP Photo/Vlasov Sulaj)
En Suisse, environ 2,2 millions de personnes utilisent TikTok, selon une enquête menée par TikTok elle-même. Environ la moitié des utilisateurs se situe dans la catégorie d’âge de 15 à 24 ans. Outre de nombreux contenus sérieux et vérifiés sur TikTok, par exemple de journaux et d’entreprises de médias, des vidéos qui diffusent délibérément de la désinformation circulent également. Il est donc d’autant plus important de sensibiliser les élèves à ce sujet.
Les enseignants sont confrontés au défi d’accompagner les jeunes dans l’apprentissage d’une compétence médiatique critique. TikTok peut être utilisé comme un outil – aussi bien pour lancer des discussions que pour intégrer des thèmes de manière vivante dans les cours.
TikTok dans l’enseignement
La plate-forme offre de nombreuses possibilités d’entrer dans des thèmes actuels et de les considérer de manière critique. En voici quelques exemples :
Vidéo comme introduction à la discussion : une courte vidéo de vérification des faits peut introduire le cours. Ensuite, les élèves peuvent par exemple discuter de la question de savoir s’ils ont eux-mêmes déjà fait confiance à des informations erronées sans s’en rendre compte.
Réflexion sur sa propre consommation : si TikTok doit être abordé en tant qu’application, les élèves peuvent par exemple répondre à des questions sur leur propre consommation. Combien de temps chacun d’entre eux passe-t-il chaque jour sur l’application ? Quels sont les influenceurs les plus populaires ? Quel rôle ces modèles jouent-ils dans la formation de l’opinion ?
Sur le thème des influenceurs, UseTheNews Deutschland a développé en collaboration avec la HAW une unité d’enseignement qui peut être utilisée gratuitement. On y trouve des fiches de travail et un projet de cours sur la manière d’aborder un tel sujet en classe.
Actualités sur TikTok
Nous avons rassemblé ci-dessous quelques chaînes qui présentent des actualités ou des sujets de société de manière facile à comprendre et divertissante. Certaines d’entre elles s’adressent spécifiquement à un groupe cible jeune.
@babanews
Baba News est un magazine en ligne indépendant. Son objectif est d’offrir une plateforme aux personnes issues de l’immigration. Sur son canal TikTok, la rédaction publie le plus souvent des vidéos sur des thèmes de société comme la migration, le racisme et la politique. Les vidéos sont faciles à comprendre, présentées de manière divertissante et s’adressent spécifiquement à un groupe cible jeune.
@srfnews
C’est le nom du canal TikTok de la SSR. On y publie principalement des actualités du jour. Les vidéos présentent souvent des sources directes et des citations orales, par exemple des interviews ou des communiqués de presse. Parfois, on ne voit dans les vidéos que des images et du texte expliquant plus précisément les événements. Dans le flux, on trouve toutefois aussi quelques vidéos explicatives, comme par exemple sur la fin du Crédit Suisse.
@izzyprojects
izzy est un pur format de média social. Le « izzy project » appartient à l’entreprise de médias Ringier. En mêlant la comédie et la satire à des thèmes d’actualité, le format est très apprécié du jeune public. La chaîne informe par exemple sur les arnaques sur Internet, mais aussi sur des thèmes comme l’avortement, les théories du complot courantes et bien d’autres.
@20minutes
En tant que titre de presse, 20 Minuten fait partie de TX Group. Outre le célèbre journal gratuit, la rédaction est également très active sur TikTok. Sur cette chaîne, on trouve un mélange de vidéos d’actualités courtes plus sérieuses et de contenus axés sur le divertissement, adaptés à un groupe cible jeune. Les vidéos sont généralement présentées par des hôtes de la rédaction ou accompagnées d’une voix-off.
@sodabyblick
La chaîne d’information du Blick se concentre sur les nouvelles destinées aux jeunes. Les deux hôtes de la chaîne expliquent l’actualité du jour de manière facilement compréhensible. Outre le contenu de l’actualité, on y trouve également des conseils pratiques pour la vie de tous les jours, par exemple comment remplir la déclaration d’impôts ou ce que l’on peut offrir à Noël.
@nzz
« L’actualité mondiale sur ton #fyp », c’est ainsi que le Neue Zürcher Zeitung décrit son canal TikTok. Le contenu s’oriente sur les actualités du jour. Souvent, les événements sont expliqués par un ou une journaliste et enrichis d’images. On trouve également des vidéos de correspondants qui rapportent directement d’une région et parlent avec des personnes concernées, comme par exemple en Syrie.
@afpfr
L’AFP est une agence de presse internationale qui rend compte de l’actualité mondiale en six langues différentes. Sur la chaîne francophone, on trouve des actualités sur le monde entier, principalement expliquées par des journalistes ou des experts. Certaines vidéos sont également disponibles en anglais avec un sous-titrage en français.
@RTSInfos
La RTS, qui fait partie de la SSR, propose sur sa chaîne des actualités et des informations de fond en français. Outre les sujets internationaux, on trouve également sur la RTS des reportages régionaux et des informations sur les événements de Suisse romande. Par rapport à la chaîne germanophone, les vidéos de la RTS sont généralement présentées et moins d’éléments textuels sont utilisés.
Chaînes de fact-checking sur TikTok :
Outre les chaînes TikTok qui transmettent avant tout des informations, il existe également quelques profils spécialisés dans la vérification des faits. Les rédactions qui se cachent derrière vérifient la véracité des affirmations trouvées sur le web. Les vidéos de vérification des faits correspondantes peuvent aider les jeunes à vérifier les faits et les inciter à remettre en question les informations sur le web :
@correctiv_faktencheck
@dpa_factchecking
@mimikama
@faktenfuchs (BR24)
@ARD-Faktenfinder
De tels canaux sont particulièrement adaptés pour thématiser différentes méthodes de vérification des faits en classe et ainsi pouvoir donner différents outils aux jeunes.
Remarque : l’intégration de l’application TikTok n’est possible que dans les classes supérieures, car la plateforme a une limite d’âge officielle de 13 ans.
Etude JAMES 2024: Les outils d’IA inondent le quotidien des jeunes en Suisse Comme ici dans une usine de fabrication de Suzuki à Esztergom (Hongrie), les robots remplacent de plus en plus les humains sur le marché de l’information. (EPA/Zsolt Szigetvary)
Les outils d’IA s’immiscent dans le quotidien des jeunes à une vitesse record. Environ 71% d’entre eux ont déjà testé ChatGPT et autres outils du genre. Un tiers des jeunes utilisent d’ores et déjà des outils d’IA au moins une fois par semaine, alors que le grand public n’a découvert cette technologie qu’à la fin de l’année 2022. C’est ce que révèle la dernière étude JAMES, qui interroge tous les deux ans environ 1000 jeunes de 12 à 19 ans.
«Jamais une technologie ne s’est imposée dans notre quotidien aussi rapidement que les outils d’IA. Par conséquent, l’analyse critique de l’information gagnera encore en importance à l’avenir», déclare Gregor Waller, chercheur à la ZHAW et co-responsable de l’étude. D’où la nécessité absolue de sensibiliser les jeunes à cette thématique et de leur apprendre à vérifier les informations.
Un «Big Four» indétrônable
Instagram, TikTok, WhatsApp et Snapchat restent les réseaux sociaux et programmes de messagerie les plus populaires auprès des jeunes en Suisse. Ce «Big Four» de la communication numérique fait partie intégrante de leur quotidien, et ce, indépendamment de l’âge, du sexe et des caractéristiques sociodémographiques. Les jeunes consomment majoritairement des contenus sur les réseaux sociaux sans les commenter, les partager ou même créer leurs propres posts. En parallèle d’autres réseaux sociaux, programmes de messagerie et portails vidéo, le «Big Four» est régulièrement utilisé pour s’informer mais aussi et surtout pour se divertir.
Une consommation de médias à saturation
Une tendance à la saturation est perceptible dans la consommation de médias chez les jeunes. Bon nombre d’activités médiatiques comme la navigation sur les réseaux sociaux ainsi que la musique et les vidéos en streaming sont tellement ancrées dans le quotidien dorénavant qu’une hausse de ces usages ne paraît plus guère possible. Un plafond naturel semble avoir été atteint au regard du temps consacré à l’école, à l’apprentissage, aux activités de loisirs non médiatiques ou aux activités sociales. «La stabilité des résultats pourrait indiquer que les routines et habitudes numériques des jeunes au quotidien se sont consolidées», explique Céline Külling-Knecht, chercheuse à la ZHAW et co-auteure.
Les médias classiques enregistrent une baisse d’utilisation. Alors que 25% des jeunes interrogés s’informaient encore régulièrement sur les portails de magazines et de journaux en 2018, ils ne sont plus que 10% aujourd’hui. Dans le même temps, plus de la moitié (57%) des sondés utilisent les réseaux sociaux comme source d’information. Même si les médias traditionnels sont également présents sur les réseaux sociaux, tout le monde a la possibilité de diffuser des informations sur ces plateformes, sans aucun filtre. Avec à la clé un risque accru de fake news et des jeunes potentiellement plus exposés à la manipulation et la désinformation.
Les risques cachés du gaming: entre divertissement et pièges
80% des jeunes jouent au moins occasionnellement. Le gaming est de loin le loisir préféré des garçons, qui sont environ deux fois plus nombreux que les filles à jouer régulièrement. Les jeux en free-to-play comme «Brawl Stars» sur mobile sont particulièrement appréciés, suivis de «Fortnite» et «Minecraft». Si ces jeux fascinent autant, c’est que les «dark patterns», à savoir ces interfaces conçues volontairement pour influencer le comportement des joueurs, n’y sont pas pour rien.
Parmi celles-ci figurent par exemple les loot boxes (récompenses aléatoires incitant à jouer et à acheter toujours plus) ou des monnaies complexes propres à un jeu (qui rendent l’appréciation du coût réel plus difficile). Les récompenses limitées dans le temps, qui créent une forme d’anxiété poussant à avoir peur de rater quelque chose («Fear of Missing Out» ou «FOMO» en abrégé), les obligations sociales du jeu (ces deux éléments obligent à jouer régulièrement) et l’aversion à la perte (mécanismes par lesquels les joueurs peuvent perdre ce qu’ils ont acquis) en font également partie.
Ces jeux sont monétisés par le biais de microtransactions (modèle permettant aux utilisateurs d’acheter des objets virtuels dans le jeu). Environ la moitié des jeunes interrogés a déjà réalisé une transaction de ce type. «Face à ces mécanismes, il est du devoir des parents de se pencher sur ces différents jeux et de faire preuve d’écoute quant au comportement de leurs enfants en matière de jeux vidéo», déclare Michael In Albon, chargé de la protection de la jeunesse face aux médias chez Swisscom.
Par ailleurs, il incombe aux autorités de suivre l’évolution de ces dark patterns et de légiférer pour les réguler au besoin, comme cela a déjà été fait dans certains pays comme les Pays-Bas ou la Grande-Bretagne.
Prévention contre l’utilisation problématique des médias
36% des jeunes interrogés indiquent avoir été questionnés au cours des deux dernières années au moins une fois sur leur physique et ils sont environ un tiers à avoir été abordés par des inconnus voulant parler de sexe ou leur soumettre des propositions à caractère sexuel non souhaitées. En la matière, on constate d’importantes différences entre les garçons et les filles: ces dernières ont subi beaucoup plus souvent différentes formes de harcèlement sexuel.
Près d’une adolescente sur deux a déjà reçu une sollicitation à visée sexuelle sur Internet, sous une forme ou une autre. La fréquence de ce genre d’expériences augmente nettement avec l’âge. «Il est intolérable que des enfants soient harcelés de la sorte; les plateformes comme Instagram ou TikTok doivent être davantage mises face à leurs responsabilités afin de mieux protéger les jeunes», déclare Michael In Albon pour expliquer sa position à ce sujet.
Garçons et filles ne sont pas égaux non plus face au cyberharcèlement: avec 28%, les garçons sont presque deux fois plus nombreux que les filles à déclarer qu’ils ont déjà été invectivés ou insultés au moins une fois sur Internet. Dans le même temps, beaucoup plus de garçons se livrent activement au harcèlement. Toutefois, les actes de cyberharcèlement actif et le fait d’en être victime se produisent à des fréquences très similaires. D’où la possibilité que bon nombre de jeunes pratiquent activement le harcèlement et en soient eux-mêmes victimes.
«Compte tenu de la hausse marginale du cyberharcèlement avec l’âge, il est judicieux de commencer la prévention sur cette thématique dès le degré primaire», explique Céline Külling-Knecht, chercheuse à la ZHAW et co-auteure.
Le sport: loisir toujours prédominant
Dans leur temps libre en solo, les jeunes préfèrent largement les activités sportives, les médias audiovisuels et la musique. Par rapport à l’étude JAMES 2022, le sport a tout particulièrement gagné en importance et devient le loisir préféré.
Alors que les jeux vidéo et les activités sportives prédominent clairement chez les garçons, ce sont d’autres activités culturelles (lecture et musique) et créatives (pâtisserie et dessin) qui intéressent davantage les filles. Comme en 2022, les jeunes indiquent que les loisirs auxquels ils s’adonnent le plus souvent avec leurs amis sont le sport, les sorties en plein air et les activités collectives. Pour eux, les discussions entre amis occupent également une place très importante.
Depuis de nombreuses années, l’intérêt des jeunes pour la lecture est une constante en matière de consommation de médias. De plus, les différentes plateformes telles que TikTok, Instagram et YouTube proposent de plus en plus de contenus liés aux livres. Ces contenus sont si répandus que ces sous-communautés disposent de leur propre nom, à savoir «BookTok», «Bookstagram» et «BookTube».
Par conséquent, les jeunes ont été interrogés sur leurs livres préférés, ce qui n’avait plus été fait depuis 2016. La saga Harry Potter, en tête du classement depuis 2012, arrive une fois de plus à la première place. Le Journal d’un dégonflé, die Drei ??? (en allemand) et One Piece sont également populaires en 2024. Depuis 2012, les livres adaptés au cinéma sont systématiquement les plus appréciés. S’agissant des habitudes de lecture, il existe des différences particulièrement frappantes entre les deux sexes. Les filles lisent davantage que les garçons et citent la lecture comme l’un de leurs loisirs préférés.
Encourager l’éducation aux médias – renforcer la démocratie
Savais-tu que plus de 80% des jeunes ne s’informent plus via les médias traditionnels? Et que les informations sont utilisées de manière marginale par rapport à la consommation totale de médias? Ou que près de 46% des Suisses font déjà partie des personnes « indigentes en matière d’information » («news deprivated»), c’est-à-dire qu’ils consomment moins d’informations que la moyenne?
Le manque de compétences en matière d’information ouvre la porte aux fake news, à la désinformation et à la manipulation – à l’ère de l’IA plus que jamais.
Notre vision: UseTheNews est le point de rencontre pour toute la Suisse de tous ceux qui cherchent, proposent ou échangent des expériences pratiques, des ateliers, du matériel didactique, des offres de formation continue ou des expertises sur la compétence en matière de nouvelles. Partenariat, égalité des droits, large soutien.
C’est une contribution à l’utilisation autodéterminée et responsable des nouvelles et au renforcement de la démocratie.
L’objectif
Avec UseTheNews, nous voulons:
offrir aux partenaires une vitrine pour les programmes et les offres éducatives qui existent déjà ou qui seront développés à l’avenir, afin d’accroître leur visibilité;
informer les enseignants, les jeunes et leurs parents et tuteurs;
mettre en relation des spécialistes de l’éducation, de la science, de la politique et des médias entre eux et entre elles;
organiser à cet effet des échanges réguliers entre tous les partenaires sur les meilleures pratiques, les idées et les synergies;
sensibiliser le grand public au thème de l’éducation aux médias;
nous engager dans la politique cantonale et nationale pour le renforcement de l’éducation aux médias;
et, en tant qu’association, lancer nous-mêmes des projets dans le domaine de la compétence d’information, les soutenir et les mettre en œuvre.
Engage-toi ! UseTheNews est comme une maison : le gros œuvre est érigé, sous la forme de l’association et de sa structure opérationnelle. Il s’agit maintenant d’aménager et d’occuper les différents appartements et chambres. Grâce à toi, à vous – à tous ceux qui veulent contribuer à renforcer la compétence en matière d’actualités en Suisse. Pour réunir sous un même toit ce qui existe déjà – et ce qui est en train de naître.
Tu peux déposer des offres via le formulaire d’offre, t’abonner à la newsletter ou nous suivre via LinkedIn, Instagram ou TikTok. Et cherche à tout moment le contact avec nous, nous nous en réjouissons.
Les motivations qui ont poussé les trois organisations de médias à fonder UseTheNews ont été expliquées par les trois responsables du projet dans une interview accordée au magazine Persönlich (en allemand).
PS : Nous nous tutoyons parce que c’est plus simple et plus personnel, mais il s’agit d’un droit et non d’une obligation. Et nous utilisons un langage non sexiste chaque fois que cela est pertinent.
Pourquoi la préférence pour TikTok n’est pas la fin de la démocratieMême sans TikTok, les processus démocratiques peuvent être perturbés. En Inde, une urne électorale, jetée dans une fontaine par des inconnus pour s’amuser, est récupérée. (AP Photo/Vikram Kumar)
Les fakes news ou fausses informations menacent notre démocratie. Des acteurs mal intentionnés cherchent à semer l’insécurité et à diviser les sociétés par le biais d’une désinformation ciblée sur les réseaux sociaux. Politiques, enseignants, scientifiques, parents et professionnels des médias s’accordent sur la nécessité de protéger plus particulièrement les jeunes de ces influences dangereuses, notamment en abordant le sujet à l’école et en renforçant, de manière générale, les compétences médiatiques et informationnelles de la nouvelle génération. C’est cette ferme conviction qui permet qu’aujourd’hui chaque élève sache parfaitement en quoi les fausses informations constituent un véritable problème, pourquoi il est déconseillé de se fier à TikTok pour s’informer sur le monde, et pour quelle raison les journaux restent la source la plus fiable lorsqu’il est question de décrypter le discours politique.
Les adolescents ne sont pas le problème
Dans le même temps, des chercheurs inquiets de l’Université de Zurich ont fait le constat suivant : « De plus en plus de jeunes se détournent des médias d’information traditionnels. TikTok, Instagram, Snapchat ou Pinterest sont de plus en plus utilisés et façonnent désormais la consommation médiatique des jeunes adultes. L’une des conséquences de ce phénomène est que les informations portant sur des questions politiques, sociétales, économiques ou encore culturelles sont reléguées au second plan, tandis que les contenus divertissants gagnent du terrain. »
Pourquoi les adolescents ne comprennent-ils pas qu’ils doivent urgemment changer leurs habitudes de consommation des médias ? Tout simplement parce qu’ils ne sont presque jamais confrontés à de fausses informations ciblées dans l’usage quotidien qu’ils font des médias et que l’actualité politique les intéresse aussi peu que les journaux imprimés. Comme moi, il y a une trentaine d’années, lorsque j’étais encore sur les bancs de l’école et que j’ouvrais le journal uniquement pour y chercher les résultats de mon équipe de foot préférée. Nous, adultes alarmés, risquons de passer à côté de la réalité et des besoins des plus jeunes si nous projetons sur eux notre représentation de l’utilisation des médias et des enjeux sociétaux.
Des compétences qui vont bien au-delà des simples connaissances
Posséder les bonnes compétences en matière d’information, c’est savoir utiliser les informations en fonction de ses besoins et dans le but d’améliorer son bien-être. Renforcer les compétences informationnelles signifie donc, d’une part, transmettre aux plus jeunes des connaissances sur les médias et la qualité de l’information, une tâche qu’accomplissent aujourd’hui les écoles de manière active et variée. Mais cela ne suffit pas. Le second défi, tout aussi important, consiste à cerner les besoins et les attentes des jeunes en matière d’information et de médias, et à accepter que la vidéo d’un gamer sur YouTube puisse leur paraître plus pertinente qu’une analyse politique d’un dimanche de votations.
Les médias sont bien plus que de simples vecteurs d’information
Mais alors, l’attitude des plus jeunes ne risque-t-elle pas de faire sombrer la démocratie ? Non, pas du tout, pas plus qu’elle n’a disparu à l’époque où je connaissais plus de chansons de Bob Marley que de conseillers fédéraux, ou lorsqu’après la chute du mur de Berlin, mes camarades de classe s’étonnaient surtout des jeans démodés des élèves d’échange de l’ex-RDA. Ce n’est que plus tard que nous avons compris que ces évolutions politiques abstraites étaient tout aussi pertinentes que fascinantes. Par conséquent, transmettre des compétences informationnelles suppose également de montrer aux jeunes le lien entre les questions sociétales plus abstraites et leur quotidien, d’éveiller leur intérêt et de susciter leur enthousiasme pour des enjeux plus larges.
Enfin, nous ne devrions pas oublier que nous, adultes, n’utilisons pas toujours les médias pour forger nos opinions politiques et renforcer la démocratie. Nous préférons simplement les jeux télévisés ou les jeux de cartes aux jeux vidéo, et nos influenceurs évaluent des restaurants gastronomiques ou des voyages organisés plutôt que de nous proposer des tutos maquillage.
Des bots et autres despotesIls adorent les bots: Le président russe Vladimir Poutine et son homologue biélorusse Alexandre Loukachenko lors d’une sortie au ski à Krasnaïa Poliana, près de Sotchi, en 2019. (Sergei Chirikov/Pool Photo via AP)
La conférence « Des bots et autres despotes : Comment le journalisme reste pertinent à l’ère des fake news et de l’intelligence artificielle » est un cri d’alarme percutant pour l’avenir du journalisme. Elle a été prononcée par notre directeur Markus Spillmann devant des étudiants en journalisme à la mi-novembre à Belgrade, à l’invitation du programme médias pour l’Europe du Sud-Est de la Fondation Konrad-Adenauer.
Concentration sur les compétences clés du journalisme
L’exposé met en lumière les défis économiques, technologiques et sociaux du secteur, sans pour autant passer sous silence les problèmes inhérents au journalisme. Face à l’effet disruptif de l’IA et aux divers défis, le conférencier appelle à se recentrer sur les compétences clés du journalisme, à savoir l’enquête approfondie, l’analyse et l’indépendance.
Malgré le tableau sombre, le conférencier transmet un message d’espoir : il considère le déclin des entreprises médiatiques traditionnelles comme une chance pour un journalisme renouvelé, crédible et pertinent. La question de savoir si les recommandations d’action sont réellement réalisables compte tenu des contraintes économiques reste toutefois cruciale.
Un podcast entièrement généré par l’IA
Nous avons transformé la conférence en podcast à l’aide du programme d’intelligence artificielle NotebookLM, notamment pour vous montrer à quel point cet outil d’intelligence artificielle est capable d’animer une discussion à la manière d’un humain sur un modèle écrit. Le contenu du podcast produit en anglais a été vérifié par nos soins et correspond au texte allemand.
Les élèves finlandais apprennent le fonctionnement des fake news avec la fable du renardLe renard est rusé, du moins dans les fables. Les élèves finlandais doivent prendre exemple sur lui lorsqu’ils utilisent les médias. (Lino Mirgeler/dpa via AP)
Le «Guardian», publié en Grande-Bretagne, avait déjà enquêté sur ce sujet il y a quatre ans. Mais avec l’invasion russe de l’Ukraine, il est de nouveau ou toujours d’actualité.
Un élément fixe du programme scolaire national
L’article cite le directeur de l’école, Kari Kivinen, qui plaide pour que la sensibilisation aux fake news et à la désinformation commence dès le plus jeune âge. Il recommande : «Les contes de fées fonctionnent bien. Prenez le renard rusé, qui dupe toujours les autres animaux avec ses paroles astucieuses. Ce n’est pas une mauvaise métaphore pour un certain type de politiciens, n’est-ce pas»?
Alors que de nombreuses démocraties se sentent menacées par les fausses informations, la Finlande prend le problème tellement au sérieux qu’elle commence à s’y attaquer dès l’école primaire.
Dans les écoles supérieures, l’éducation aux médias et la pensée critique sont devenues des éléments centraux et interdisciplinaires du programme national introduit en 2016.
Sensibilisation transdisciplinaire
En cours de mathématiques, par exemple, les élèves de Kivinen apprennent à quel point il est facile de mentir avec des statistiques. En art, ils voient comment la signification d’une image peut être manipulée. En cours d’histoire, ils analysent des campagnes de propagande remarquables, tandis que les professeurs de langues finlandais étudient avec eux les nombreuses façons dont les mots peuvent être utilisés pour confondre, tromper et tricher.
«L’objectif est d’avoir des citoyens et des électeurs actifs et responsables», explique Kivinen dans le «Guardian». «L’esprit critique, la vérification des faits, l’interprétation et l’évaluation de toutes les informations que l’on reçoit, où qu’elles apparaissent, sont essentiels. Nous en avons fait un élément central de notre enseignement, et ce dans toutes les matières.»
Reconnaître les photos générées par l’IALe pape en doudoune chic, grâce à l’intelligence artificielle. Le fait qu’il s’agisse d’une tromperie est reconnaissable à des erreurs évidentes. Mais pour combien de temps encore?
Il devient de plus en plus difficile de distinguer les photos prises par l’homme de celles produites par l’intelligence artificielle, c’est-à-dire artificiellement. Jusqu’à présent, les photos générées par l’IA (ou images dites synthétiques) pouvaient être reconnues sur la base d’erreurs évidentes. Par exemple, trop des doigts en trop sur une main humaine, des ombres mal projetées ou un environnement qui ne correspondait pas du tout à la personne ou à l’animal sur la photo.
Mais l’IA apprend rapidement, la génération synthétique d’images s’améliore et les erreurs évidentes diminuent. Mais comment vérifier à l’avenir les photos de manière critique si aucune aide technique ne peut être utilisée ou si le temps manque pour procéder à un examen approfondi de la source de l’image ?
Notre partenaire Newsroom-Workshop a résumé en cinq slides qui résument quelques conseils sur la manière de vérifier les photos sans outils techniques.
Comment la propagande est faite avec des sites de médias à l’apparence trompeuseCe n’est pas un faux, mais ce n’est pas non plus l’original : il ressemble à Lionel Messi, mais il s’appelle Reza Parastesh et vivait en 2017 à Téhéran, la capitale de l’Iran. (AP Photo/Ebrahim Noroozi)
Depuis longtemps, différents services gouvernementaux et médias mettent en garde contre la campagne dite des « sosies » de la Russie. Elle a été rendue publique pour la première fois à l’été 2022, lorsque plus de 30 sites web ont été bloqués parce qu’ils imitaient à s’y méprendre des titres de presse européens connus. Les journaux concernés étaient par exemple «Le Monde» en France, le «Guardian» en Grande-Bretagne, le «Spiegel», la «Süddeutsche Zeitung» ou la «Frankfurter Allgemeine Zeitung» en Allemagne.
Ces «faux» sites web ont ensuite publié des contenus qui tentaient d’influencer de manière ciblée les lecteurs en faveur de la Russie par le biais de la désinformation et de la propagande. Il est évident que le Kremlin ne s’intéresse pas seulement à la guerre en Ukraine, mais cherche aussi à attiser de manière ciblée des conflits internes dans certains États européens afin de les déstabiliser politiquement.
Il est intéressant de noter que c’est la première fois que des marques médiatiques connues sont utilisées de manière aussi ciblée, ce qui pourrait s’expliquer par le fait que la population leur accorde toujours une plus grande crédibilité que les médias sociaux, par exemple, sur des sujets politiquement «sensibles».
Dolly, le mouton cloné, vous dit bonjour: Les contenus générés par l’IA sont difficiles à distinguer des vraies informationsEn 1996, c’était une sensation : le premier mouton cloné, « Dolly », avec son créateur, le professeur Ian Wilmut de l’Institut Roslin en Écosse. Au moins extérieurement, il ne se distinguait pas de ses congénères conçus naturellement. (AP Photo/PA, Maurice McDonald)
De nos jours, les contenus médiatiques peuvent être créés, falsifiés et diffusés automatiquement et à grande échelle à l’aide de l’intelligence artificielle. C’est particulièrement dangereux, car les utilisateurs peuvent difficilement distinguer ces contrefaçons modernes des « vrais » médias. En fait, la plupart d’entre eux se contentent de deviner lorsqu’on leur demande d’évaluer un contenu comme étant généré par l’homme ou par la machine. Telles sont les conclusions d’une étude en ligne transnationale (n = 3.002) qui a examiné la capacité des personnes aux États-Unis, en Allemagne et en Chine à reconnaître les médias générés artificiellement.
Les personnes interrogées ont été affectées au hasard à l’un des trois groupes de médias « texte », « image » ou « audio » et ont vu 50 % de médias réels et 50 % de médias générés par l’IA. L’étude montre en outre que les médias générés par l’IA sont jugés plus proches de l’homme, tous types de médias et tous pays confondus. Lors de l’évaluation, les facteurs d’influence sont par exemple la confiance générale ainsi que la familiarité autodéclarée avec les deepfakes.
La participation autour des nouvelles diminue
On attribue souvent aux médias numériques le fait qu’ils offrent de nouvelles possibilités de participation à l’information médiatique. Mais comment sont-ils utilisés et comment le comportement de participation a-t-il évolué au cours des dernières années ?
Une étude récente analysant les données d’enquête de 2015 à 2022 dans 46 pays (n = 577 859) montre que la participation aux actualités a globalement diminué. Ce recul comprend par exemple le partage, les « like » ou la publication de nouvelles , la discussion sur le contenu des messages ou l’envoi de nouvelles à des amis via Messenger. Une baisse de la participation peut être observée dans la plupart des pays étudiés. Dans l’ensemble, la participation aux messages était plus élevée chez les jeunes, les personnes ayant fait des études supérieures, les personnes ayant un intérêt élevé pour les informations et les personnes ayant une faible confiance dans les informations. Au fil du temps, la participation a davantage diminué chez les personnes ayant moins confiance dans les actualités, chez les personnes n’ayant pas de diplôme universitaire et chez les femmes.
Désir d’une meilleure orientation sur le réseau d’information
Pour les jeunes utilisateurs, les médias sociaux sont un lieu important de contact avec l’actualité. Instagram est le principal canal d’information pour les plus jeunes. Face à l’abondance d’informations sur Internet, une nette majorité (90 %) d’utilisateurs, jeunes et moins jeunes, souhaitent un lieu où ils peuvent trouver des informations fiables et vraies. C’est ce qui ressort d’une enquête en ligne menée par l’association numérique Bitkom auprès d’internautes allemands âgés de 16 ans et plus (n = 1.002).
Autre fait intéressant : la lecture de textes est la plus appréciée par près de la moitié des personnes interrogées, ce chiffre étant plus de deux fois plus élevé chez les personnes âgées de 65 ans et plus (59 %) que chez les jeunes de moins de 30 ans (28 %). Un cinquième préfère regarder des images accompagnées de courts textes, telles que celles qui sont diffusées notamment dans les médias sociaux, 30 % des moins de 30 ans disant cela d’eux-mêmes et seulement 10 % du groupe des 65 ans et plus.
Les enfants et les jeunes font plus confiance aux médias classiques qu’aux médias en ligneQuand les choses se compliquent, les médias classiques restent le premier choix : à Rome, devant ce kiosque, tout comme chez les jeunes en Suisse. (AP Photo/Andrew Medichini)
Un peu plus de la moitié des jeunes Allemands s’informent sur l’actualité politique – près de la moitié (45 %) via les médias en ligne et environ 10 % exclusivement en ligne. C’est le résultat de l’étude Shell sur la jeunesse 2024, récemment publiée, pour laquelle des personnes âgées de 12 à 25 ans ont été interrogées sur divers thèmes (N = 2509). Les personnes interrogées considèrent généralement les informations classiques des chaînes de télévision publique de ARD ou ZDF (83 %) et les grands journaux nationaux (80 %) comme (très) fiables et font nettement moins confiance aux offres d’information en ligne. La confiance varie toutefois selon l’origine : les jeunes de l’Est accordent nettement moins de confiance aux médias classiques que leurs camarades de l’Ouest et font à l’inverse plus souvent confiance aux informations diffusées sur les canaux en ligne. 90 % des jeunes estiment en outre qu’il est (très) important que l’utilisation de l’intelligence artificielle et l’identification des « fake news » soient enseignées de manière obligatoire à l’école.
YouTube :Les algorithmes de recommandation détournent les utilisateurs des actualités
Les algorithmes de recommandation de YouTube augmentent la probabilité que les utilisateurs voient plus de vidéos de divertissement et moins d’actualités. C’est le résultat d’une étude récemment publiée, dans laquelle plus de 1,7 million de recommandations de vidéos YouTube de 2019 ont été examinées. Les chercheurs ont constaté que les algorithmes de recommandation peuvent potentiellement détourner les utilisateurs des contenus d’actualité par deux moyens.
D’une part, par le biais de « bulles de filtre thématiques », dans lesquelles les contenus de divertissement ont une probabilité plus élevée d’être recommandés que les contenus d’actualité. D’autre part, par le biais d’une « redirection algorithmique », dans laquelle la probabilité que les vidéos de divertissement soient recommandées après une vidéo d’actualité est beaucoup plus élevée que l’inverse. Les chercheurs constatent que les résultats indiquent des distorsions importantes dans les recommandations algorithmiques sur les plateformes numériques, qui vont au-delà du renforcement des préférences des utilisateurs.
Les femmes et les jeunes sont plus susceptibles d’être influencés par les influenceurs sur les médias sociaux
Sur les médias sociaux comme Instagram ou TikTok, les jeunes suivent des influenceurs et influenceuses (SMI) parce qu’ils espèrent tirer un bénéfice concret dans leur vie. Les adolescents et les jeunes adultes fondent souvent leurs préférences, leur style de vie et leurs décisions d’achat sur les recommandations de ces personnalités. Des aspects tels que la crédibilité ou l’attractivité de ces personnalités jouent un rôle important, comme le montre une étude menée auprès de jeunes utilisateurs (N= 809). Les chercheurs ont également constaté que les femmes et les jeunes ont tendance à recourir davantage aux SMI lorsqu’il s’agit de trouver leur style de vie ou de prendre des décisions d’achat.
Un grand scepticisme à l’égard de l’IA dans le journalismeLa rédaction de 20 Minutes à Zurich. (KEYSTONE/Gaetan Bally)
L’Annuaire sur la qualité des médias en Suisse du Centre de recherche Public et Société de l’Université de Zurich (fög) pour 2024 a également examiné l’acceptation de l’intelligence artificielle (IA) par les consommateurs de médias. Selon les chercheurs, il en ressort un scepticisme persistant quant à l’utilisation de l’IA dans le journalisme. Près des trois quarts des personnes interrogées estiment que les risques de l’IA dans le journalisme sont élevés, craignant surtout des effets négatifs sur la qualité des médias et une augmentation des fausses nouvelles.
Les sondés approuvent les applications de soutien de l’IA – traductions, analyses de données ou recherches . Mais plus l’IA intervient directement dans l’output journalistique, par exemple dans la production de textes ou d’images, plus le scepticisme est grand.
Une majorité souhaite donc également une plus grande transparence sur la manière et les endroits où l’IA est utilisée dans un média et que les rédactions assument l’entière responsabilité des contributions générées par l’IA. Et bien que de nombreux éditeurs et médias aient entre-temps édicté des directives internes sur l’utilisation de l’IA, une majorité estime que l’utilisation de l’IA n’est pas suffisamment responsable.